Publié le 25 janvier 2022, Le Grand Monde constitue le premier volume d’un ensemble plus vaste, Les Années glorieuses, consacré à la période des Trente Glorieuses. L’auteur Pierre Lemaitre l’a imaginé en lien avec sa trilogie Les Enfants du désastre (dans laquelle nous retrouvons Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie et Miroir de nos peines).
Nous voilà ici plongés dans les années d’après-guerre entre Paris, Beyrouth et Saïgon, une période rendue délicate par la fin du mandat français au Levant et la guerre d’Indochine que l’on voit se profiler à l’horizon. Levons le voile sur l’intrigue à travers ce résumé et cette analyse !
Le Grand Monde : résumé court
Le récit est structuré en trois parties.
Le livre débute en 1948 et nous introduit la famille Pelletier installée à Beyrouth. Louis, le père, est à la tête d’une savonnerie florissante, fondée dans les années 20. Pour autant, aucun de ses quatre enfants ne prendra sa suite dans l’entreprise. Résignés, Louis et Angèle, la mère de famille, les voient chacun quitter la ville pour suivre d’autres chemins.
L’aîné, Jean Pelletier (surnommé Bouboule), s’installe à Paris avec sa femme Geneviève qui ne cesse de le rabaisser. François Pelletier, plus ambitieux, et Hélène Pelletier, passionnée d’art, ne tardent pas à faire de même. Étienne quant à lui s’envole pour l’Indochine française, dans l’espoir de rejoindre l’Agence des monnaies de Saigon et de retrouver son amant Raymond, porté disparu au front pendant la guerre qui a éclaté deux ans plus tôt.
Le Grand Monde, c’est l’histoire de leurs aspirations et de leurs difficultés, entre guerre, chômage et pénuries de produits du quotidien dans le contexte de l’après-guerre. Alors qu’Etienne dévoile au grand jour un énorme scandale financier à Saïgon (« l’affaire des piastres »), Jean fait preuve à Paris de la même médiocrité qu’il affichait à Beyrouth, à laquelle se mêle désormais de la violence. Quant à François et Hélène, les voilà rapidement détournés des beaux projets pour lesquels ils étaient venus dans la capitale.
Le Grand Monde : résumé par chapitre
Partie 1 : Beyrouth, mars 1948
Chapitre 1
C’est le premier dimanche de mars. Une procession toute particulière se prépare à Beyrouth, à l’occasion de l’anniversaire de la savonnerie Pelletier, fondée dans les années 20. L’affaire s’est bien développée à partir de la décennie suivante, grâce à l’acquisition de manufactures à Tripoli, Alep et Damas.
Angèle Pelletier occupe le poste de directrice du personnel, tandis que Louis se consacre à la fabrication. Le couple a trois fils, mais aucun d’entre eux ne semble vouloir marcher dans leurs pas. Il y a François, qui s’est installé à Paris avec le projet d’intégrer l’école Normale Sup. L’aîné, Jean, dit Bouboule, qui a posé lui aussi ses valises dans la capitale quelques mois plus tard. Et Étienne, qui occupe désormais un poste à l’Agence indochinoise des monnaies de Saïgon dans l’espoir de retrouver son amant Raymond, légionnaire belge muté en Indochine.
Grâce aux billets payés par Louis, François, Jean et sa femme Geneviève ont fait le voyage jusqu’au Liban pour participer à la procession familiale. Si Jean en avait été capable, il serait resté directeur général de l’entreprise mais son bref passage à ce poste fut une catastrophe. À ces déboires s’ajoute un mariage malheureux avec Geneviève, fille du receveur des postes, et un crime impliquant le fils aîné Pelletier qui finira de précipiter son départ. C’est Louis qui lui a trouvé un emploi de représentant auprès de M. Couderc, un vieil ami parisien.
Dans le cortège, nous rencontrons aussi Hélène, unique fille Pelletier. A dix-neuf ans, elle hésite encore entre des études d’art ou de lettres.
Chapitre 2
Étienne n’a toujours aucune nouvelle de Raymond, censé être en mission avec l’armée française à Hiền Giang, au nord-ouest de Saïgon. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Raymond est tombé dans un guet-apens tendu par le Viêt-minh avec plusieurs de ses camarades. Faits prisonniers, ils ont été torturés et sont morts.
Il occupe, avec son chat Joseph, un appartement rue Grivelle, juste au-dessus d’une blanchisserie. À son arrivée à Saïgon, c’est Gaston Paumelle qui lui présente le personnel de l’agence. Le soir, autour d’un dîner, alors qu’Etienne cherche à obtenir des renseignements sur Raymond (qu’il fait passer pour son cousin), Gaston préfère exhiber sa chevalière et l’informe déjà des transferts d’argent illégaux qui s’opèrent dans l’agence et qui permettent d’amasser rapidement de l’argent.
Chapitre 3
Passionné par le journalisme, François n’a en réalité jamais eu l’intention de s’inscrire à Normale Sup, qui devait le mener au métier de professeur. Après avoir travaillé comme receveur au Populaire, il entre au Journal du Soir, section faits divers, pour un salaire très modeste.
Chapitre 4
À l’Agence des monnaies, Etienne est chargé d’étudier les dossiers puis de recevoir les demandeurs de transferts. Plusieurs de ces demandes régulières lui semblent suspectes, et le nom de l’un de ses collègues, Maurice Belloir, apparaît fréquemment. Il y a aussi un certain Michoux, employé de commerce de Marton & Xavier, dont les revenus aussi suspects que conséquents nécessitent une enquête approfondie.
En parallèle, Etienne cherche à obtenir des informations sur Raymond mais personne ne peut le renseigner. Il se rend au siège des forces françaises en Indochine, où on lui répond que les déplacements des unités opérationnelles sont totalement top secrets.
Chapitre 5
Nous apprenons ici qu’Hélène entretient une liaison avec son professeur, Xavier Lhomond. Elle le retrouve chaque lundi dans une suite de l’Hôtel Kassar avant que celui-ci ne reprenne le chemin de l’université à 15 heures. Si Angèle se méfie de l’homme qu’elle trouve prétentieux, Louis ne se doute de rien. Et par coïncidence, c’est au restaurant de l’Hôtel Kassar qu’il invite M. Chakir, trésorier, à dîner le lundi suivant, afin de vérifier certains comptes.
Chapitre 6
De retour de Beyrouth, Jean attend M. Couderc dans un restaurant. Il gagne très mal sa vie, déteste la province et espère que M. Couderc fera de lui son prochain représentant exécutif à Paris et en banlieue. Mais l’homme ne vient pas et finit par l’appeler pour l’informer qu’il a donné le poste à quelqu’un d’autre.
Après avoir donné sa démission, Jean sort du restaurant et attend que la jeune serveuse sorte à son tour. Il lui assène alors un violent coup à l’arrière du crâne avec une barre de fer, et la jeune femme meurt sur le coup.
C’était la seconde qu’il tuait depuis son arrivée en France. Sans compter celle de Beyrouth.
Chapitre 7
Étienne poursuit ses recherches mais sans succès. Il commence à désespérer.
Alors il se remet au travail, et se replonge dans ses dossiers. Il souhaite aborder plus en profondeur le sujet des transferts mais son collègue se moque de lui. Ils sont fonctionnaires, rien d’autre. Tout au plus, ils font perdre un peu de temps avec des démarches administratives et des contrôles mais à la fin, ils ne s’opposent pas aux pratiques frauduleuses.
Pas mal, ici, se contentent de demander des pots-de-vin de plus en plus élevés pour donner leurs coups de tampon.
Dans les journaux, on évoque les tortures pratiquées par le Viêt-Minh.
Chapitre 8
C’est le jour du déjeuner hebdomadaire en famille chez Jean. La table est mise tandis qu’il continue d’éplucher les offres d’emploi et comme la plupart du temps, c’est Mme Faure, la voisine, qui a préparé le repas : un coq au vin.
C’est seul qu’arrive François. Sa compagne, Mathilde, est venue une fois et ne souhaite pas retenter l’expérience.
Ta belle-sœur est dingue, mon chéri, et ton frère est une couille molle. Les regarder tous les deux, c’est un peu douloureux, je passe mon tour.
Bien sûr, François s’empresse de dire qu’il a été embauché au Journal du Soir, quitte à enjoliver sa situation. Pas question de raconter qu’il se contente en réalité de lire des mains courantes. Rapidement, la conversation dévie sur Hélène. Dans sa dernière lettre, elle explique vouloir venir étudier à Paris et demande à l’un de ses frères de l’héberger, ce qui n’enchante ni l’un ni l’autre.
Après le repas, François, Jean et Geneviève prévoient de se retrouver au cinéma Le Régent à 16h, afin d’assister à la séance du film Le Feu du désir.
Chapitre 9
Étienne ne se sent plus à l’aise en Indochine, ni à l’Agence qui le pousse à accepter des dossiers frauduleux qu’il souhaiterait refuser. Il y a la société d’import-export Kaler & Valesco qui veut faire venir de la porcelaine de Limoges pour 90.000 piastres. Le dénommé Diêm qui cherche à importer du riz de Camargue grâce auquel il achètera de l’or qu’il transformera en piastres.
D’un autre côté, ses recherches concernant Raymond finissent par avancer. Dans le quartier chinois de Saïgon, il pose des questions à trois soldats attablés à une terrasse. C’est ainsi qu’il apprend que Raymond est mort.
Chapitre 10
Sur le chemin du Régent, Geneviève multiplie les reproches à l’encontre de Jean. Ses parents ne les aident pas assez, sa démission les met dans une situation précaire.
Durant la séance, Jean s’éclipse pour aller aux toilettes. Il se dirige d’un pas décidé vers celles des femmes, et saisit par les cheveux la première dame qu’il croise, lui fracassant le crâne sur la cuvette des WC. Bien sûr, le film est interrompu quelques minutes plus tard suite à la découverte du cadavre. Le public se rue vers la sortie, François se précipite vers les toilettes en se faisant passer pour la police.
De retour à la maison, Geneviève remarque un peu de sang sur les vêtements de Jean.
Chapitre 11
M. Chakir arrive à l’Hôtel Kassar à onze heures. Attablé avec Louis, il passe une heure entière à vérifier la comptabilité avant de déposer sa sacoche au vestiaire et de passer à table. Louis prétexte un coup de téléphone pour retourner discrètement au vestiaire, prendre le gros portefeuille d’argent de la sacoche de M. Chakir et le mettre dans la sienne.
Plus tard, lorsque M. Chakir découvre que son portefeuille a disparu, ses soupçons se portent sur le professeur Lhomond qu’il a vu sortir à pas pressés du restaurant de l’hôtel. C’est à ce moment qu’Hélène, qui avait vu son père, parvient à s’en aller sans être vue.
Louis propose à Chakir d’aller trouver le professeur sans attendre. Chez lui, ils remarquent des photos de jeunes filles nues sur les murs, dont Hélène. Lhomond promet de démissionner le jour-même.
De retour à la savonnerie Pelletier, nous comprenons que tout était un coup monté de Louis. Méfiant à l’égard de Lhomond, il avait vu la voiture du professeur garée devant l’hôtel, puis sa fille sortir dix minutes avant Lhomond. Cette histoire de vérification de comptes n’avait pour but que de le démasquer et le pousser à s’en aller. Il renvoie par courrier postal le portefeuille à M. Chakir, un peu avant qu’Angèle ne lui annonce que Lhomond avait donné sa démission. Il part désormais pour Tripoli.
Chapitre 12
Abattu par la nouvelle de la mort de Raymond (bien qu’il s’y attendait), Étienne rejoint son chef Jeantet au Métropole. Après le repas, ponctué d’échanges sur les transferts de piastres qui ne cessent de l’écœurer, il se rend chez Diêm, prêt à accepter son transfert. En échange, il lui demande de lui rapporter la copie d’un rapport conservé au QG du corps expéditionnaire.
Chapitre 13
La victime de Jean, assassinée au cinéma, n’est autre que l’actrice Mary Lampson. François retrouve son adresse, pose quelques questions et présente son scoop à la seconde édition du Journal du soir.
Chapitre 14
En attendant de mettre la main sur le rapport, Diêm offre un vélo à Étienne. Pour faire passer la demande de Diêm, Étienne accepte finalement les transferts.
Chapitre 15
Geneviève montre à Jean l’article de François sur le meurtre de Mary Lampson. On y apprend que l’actrice aimait venir dans les salles pour voir les réactions du public, en prenant soin de ne pas être vue. Jean et Geneviève y vont de leurs petits commentaires.
Ils ne sont pas près de l’attraper, le Grand Méchant Loup, hein, mon Bouboule ?
L’autopsie révèlera finalement que Mary Lampson était enceinte de deux mois. François se rend chez Marcel Servières, le mari de l’actrice, qui ignorait tout de cette grossesse. Une lettre trouvée dans le sac de Mary (Ma chérie, ne fais rien sans m’en parler, veux-tu ? Je t’aime) laisse penser que la jeune femme avait un amant. Une étude graphologique est requise afin de s’assurer que la lettre n’est pas de Servières.
Chapitre 16
Désireuse de se montrer, Geneviève se précipite aux obsèques de Mary en compagnie de Jean. Ils se retrouvent assis au quatrième rang, juste derrière la famille. Geneviève pleure, on la console. François reste stupéfait par la scène.
Chapitre 17
En rentrant chez lui, Étienne trouve un paquet déposé par Diêm contenant toutes les lettres et correspondances écrites à Raymond depuis son départ. Il y a aussi une enveloppe, où a été glissé le rapport de mission adressé au commandant Lachaume par le lieutenant Falcone. La mission était partie le 9 mars 1948 à 14h55. A 15h40, les parachutistes avaient sauté sur « la petite vallée des Joncs ».
Partie 2 : Saïgon, septembre 1948
Chapitre 18
Deux semaines ont passé depuis l’annonce de la mort de Raymond, et Étienne a sombré dans l’opium. En manque d’argent, il s’adonne frénétiquement aux transferts de piastres. Ses affaires l’amènent à faire la connaissance de Vinh, qui partage sa haine pour le Viêt-minh. Il a maigri, fume beaucoup trop et joue tout autant.
Le dimanche suivant, au cours de la procession de la secte Siêu Linh, Etienne reconnaît Diêm perché sur un char. C’est le gourou de Siêu Linh, et les gens s’inclinent sur son passage !
Chapitre 19
Voilà six mois que Mary a été tuée. L’enquête n’est pas terminée, puisque le juge souhaite faire une reconstitution. Depuis quatre mois, Jean travaille comme représentant en sous-vêtements et doit s’absenter deux fois par mois. Son patron, M. Guénot, invite le couple à dîner pour leur proposer d’ouvrir une boutique de linge de maison. Il est prêt à investir deux fois plus qu’eux en prenant 50% du bénéfice.
Particulièrement enthousiasmée par le projet, Geneviève suggère à Jean de demander de l’argent à son père.
Chapitre 20
L’affaire Mary Lampson fut une vraie aubaine pour François. Grâce à elle, ses articles étaient publiés en première page, son salaire avait augmenté et il se rêvait en grand reporter travaillant sur le terrain. Pourtant, six mois après le meurtre, l’enquête était au point mort. Le juge continuait d’accuser Servières malgré les preuves apportées par l’étude graphologique.
Une reconstitution est finalement organisée au cinéma le Régent, en présence de la plupart des spectateurs assis dans la salle au moment du drame. Quelques témoins prennent la parole dont une dame, Marthe Soubirot, qui explique avoir été bousculée en revenant des toilettes ce jour-là. Elle pense être en mesure de reconnaître celui ou celle qui l’a bousculée.
François entend bien écrire un nouvel article à sensation à partir de ces révélations. De son côté, Hélène a atterri à Paris, prête à emménager chez François.
Chapitre 21
A Saïgon, grâce à Étienne, Diêm a empoché environ 500.000 piastres, suffisamment pour acheter un hangar. Interrogé à propos de la secte, Diêm explique que la religion est la seule solution qui lui permette de trouver un peu de paix, au vu du contexte actuel. Étienne apprend que Diêm revient tout juste de la région de Hiền Giang, là où Raymond a été tué. Diêm le nomme nonce apostolique, et lui remet un bonnet bleu à glands.
Chapitre 22
Le projet de boutique se précise pour Geneviève et Jean. L’agent immobilier leur remet la clé. Il faut compter 30 000 F de loyer plus une belle enveloppe pour les travaux. Geneviève prévoit de demander 300.000 francs aux parents de Jean, et pousse son mari à leur téléphoner au plus vite. Jean n’est pas à l’aise avec cette demande. Il observe le crâne de sa femme, et réfléchit à la zone dans laquelle il devrait frapper s’il décidait un jour de la tuer.
Chapitre 23
Hélène espère pouvoir loger une seule nuit chez François, mais celui-ci hésite à l’accueillir. Elle n’a plus d’argent, et François préfère demander d’abord l’autorisation à Mathilde avant d’accueillir sa sœur chez lui. Il laisse Hélène dans la rue le temps de monter retrouver Mathilde, mais celle-ci n’est pas là. Lorsque François redescend dans la rue, Hélène est partie.
Chapitre 24
Hélène se rend chez Jean dans l’espoir d’être hébergée chez lui, mais elle se heurte à un autre refus. Elle marche ensuite jusqu’à la gare Saint-Lazare pour déposer sa valise à la consigne le temps de trouver un hôtel abordable. Après s’être finalement fait voler cette valise, elle se rend, désespérée, à l’Hôtel de l’Europe où son père avait l’habitude de descendre. Elle est surprise de constater que celui-ci l’y attend déjà.
Chapitre 25
Pour aider à lutter contre le Viêt-minh, Étienne a consenti à signer un transfert et est en route pour Hiền Giang où l’Église doit s’implanter.
Le colonel Philippe de Lacroix-Gibert est là pour l’accueillir ainsi que Philippe Grandvalet, délégué du haut-commissariat qui lui avait annoncé la mort de Raymond. Au dîner, les hommes parlent de la guerre, des Vietnamiens et de la torture. Étienne est battu à la sortie du restaurant, par un homme qui regrette de lui en avoir trop dit.
Le lendemain, Étienne se rend avec un groupe dans la petite vallée des Joncs. Il y a des explosions, puis une alerte est donnée. Dans une paillote, il trouve un papier de la société d’import-export Kaler & Valesco qui importe de la porcelaine de Limoges. La marchandise avait atteint le Viêt-minh, grâce à une importation passée par l’Agence des monnaies.
Grâce à la guerre, les Français trafiquaient de la piastre. Les sociétés, le capitalisme local profitaient de ce trafic pour s’enrichir, pour se gaver, mais il y avait pis. Le Viêt-minh était parvenu à entrer dans le système. A profiter du trafic de piastre pour s’équiper. Ça voulait dire une chose, une seule, terrible, d’une importance tragique. Dans la guerre qui les opposait, la France, sans le savoir, finançait le Viêt-minh.
Chapitre 26
Hélène et Louis se font déposer en taxi devant le Grand Café des Capucines. Louis avait deviné qu’Hélène irait à l’Hôtel de l’Europe. Il craint qu’il ne soit un peu tard pour les inscriptions aux Beaux-Arts, mais il lui conseille de se renseigner malgré tout.
Chapitre 27
Un tapissage est prévu le vendredi à la préfecture de police. Jean fait partie des témoins convoqués. La police se charge de les interroger par groupes de six personnes. François est également présent, ses articles sur l’affaire tiennent les lecteurs en haleine.
En parallèle, Hélène est en pleine séance de shopping. Son père lui a donné 10 000 francs pour se refaire une garde-robe, et elle s’est aussitôt rendue à La Belle Jardinière. Le soir, Hélène, Louis, Etienne, Geneviève et Jean doivent se retrouver à la Brasserie du Palais.
Louis doit déjà repartir le lendemain, mais a pris soin auparavant de régler quelques affaires. Il a trouvé un appartement plus grand pour que François puisse accueillir Hélène, et il a déjà payé un an de loyer. Il promet également de prêter de l’argent pour la boutique de Geneviève et Jean. Lorsque la conversation bascule sur le meurtre de Mary, François explique qu’un témoin a formellement reconnu un suspect : Germain Cageot.
Chapitre 28
Au Journal se tient une conférence matinale en compagnie d’Arthur Baron, chef du service politique. On discute de la place à accorder à la grève des mineurs de 1948 et à l’arrestation de Germain Cageot. Face aux arguments de François, il est décidé que c’est finalement le fait divers qui obtiendra la première page.
Chapitre 29
Étienne ne se sentait pas bien depuis qu’il avait trouvé l’étiquette.
Si le Viêt-minh avait trouvé un moyen détourné de profiter du trafic de la piastre, il faisait payer une part de son effort de guerre contre la France par le gouvernement français. Si c’était vrai, c’était une bombe.
À son retour à Saïgon, il passe ses journées aux archives sans trouver de quoi déclencher une enquête approfondie. Sa collègue Annie lui apporte des dossiers concernant la société Heurtin Frères, filiale de Kaler & Valesco ayant profité de nombreux transferts de matériel. La majorité de ces transferts avait été autorisée par Gaston Paumelle.
Le lendemain soir, il se met à éplucher tous les dossiers instruits par Gaston. Une partie du trafic de piastres repose sur la déclaration de « dommages de guerre ». Et en effet, les dossiers de Gaston comprennent des dommages de guerre pour plus de cent vingt millions de piastres. Plus de deux milliards de piastres s’étaient évaporés dans la nature. Comment savoir si cet argent était passé au Viêt-minh ?
Mais tout ceci n’est pas suffisant. Il retourne au Grand Monde et à la fumerie, et est agressé au couteau durant la nuit. Le lendemain, il se rend au haut-commissariat et fait part de ses accusations mais impossible d’ouvrir une enquête sans preuves.
De retour aux archives le lendemain, il constate qu’Annie n’est plus là : elle est partie à la retraite. Ses deux fils ont été tués par le Viêt-minh trois ans plus tôt, pour une affaire locale qu’ils refusaient de payer. C’est sans doute pour cette raison qu’elle a laissé à l’attention d’Etienne un carton contenant toutes les transactions effectuées par M. Qiáo au cours des six années précédentes. C’est un peu son cadeau de départ à la retraite.
Chapitre 30
Cageot est arrêté, et Jean trouve cette accusation à tort particulièrement injuste. Mais faute de preuves, et puisque le témoin est revenu sur sa déclaration, l’homme est rapidement libéré.
Du côté d’Hélène et de François, les choses ne se passent pas très bien. Françoise en veut à sa sœur de l’avoir dénoncé pour Normale Sup, et il est inquiet car il semble qu’elle ne va finalement jamais à l’école des Beaux-Arts où elle a été admise. Il faut dire qu’elle n’apprécie pas l’ambiance misogyne qui y règne, et puis elle a fait la connaissance d’un certain Bernard de Jonsac grâce à qui elle goûte aux cachets de méthédrine.
Chapitre 31
Grâce au relevé des transactions de M. Qiáo, Étienne constate la fuite de nombreux capitaux vers la France, acheminés vers des entreprises marchandes d’armes au profit du Viêt-minh. Des sommes atterrissaient dans des banques parisiennes sur des comptes individuels. Mais là encore, difficile de prouver quoi que ce soit et pire encore, les recherches d’Étienne commençaient à le mettre en danger. Il lui faut rassembler des preuves au plus vite et rentrer à Paris.
Ayant appris d’Hélène que François était journaliste, Étienne le contacte pour l’inciter à parler de l’affaire. François hésite, il ne se sent pas vraiment concerné par tout ça. Hélène craint qu’Étienne ne soit en danger, et une nouvelle dispute éclate entre elle et François.
Chapitre 32
Les articles de François sur le meurtre de Mary continuent de faire leur effet sur le public. Marcel Servières devient le suspect n°1.
Au téléphone avec Jean parti en voyage d’affaire, Geneviève est convaincue de la culpabilité de Servières. Au milieu de la conversation, la postière qui prêtait son téléphone à Jean coupe la ligne. Elle en a assez de l’attendre, et doit fermer le bureau. Furieux, il la propulse à travers la pièce et lui assène de grands coup à la tête. Puis il se rince les mains, et retourne à sa voiture.
Chapitre 33
Étienne dormait peu, fumait beaucoup d’opium. Il se sentait épié. Le jour du départ, une escorte de légionnaires se charge de le conduire à l’aérodrome. Étienne monte dans l’avion. Alors que l’appareil prend de l’altitude, il aperçoit en contrebas la limousine de M. Qiáo. L’avion explose en vol, et les débris s’écrasent au sol.
Partie 3 : Octobre 1948
Chapitre 34
La mort d’Étienne parvient par télégramme aux parents Pelletier. Louis souhaite se rendre à Saïgon sans attendre mais on le lui déconseille. La dépouille d’Étienne sera dans tous les cas transférée à Beyrouth.
La nouvelle parvient tour à tour jusqu’à François, Geneviève, Jean et Hélène.
Chapitre 35
Tous les enfants se rendent à Beyrouth pour la cérémonie. Angèle cherche à prendre de leurs nouvelles tandis que François évoque le dossier des piastres dont lui avait parlé Étienne. Louis se demande pourquoi Étienne s’est rendu à Phnom Penh. Angèle pense qu’il s’agit d’une histoire d’amour.
Chapitre 36
De retour à Paris, Hélène insiste pour que François reprenne l’enquête qui avait occupé Étienne. Il se penche de plus près sur la question de la monnaie en Indochine, et voit les trouvailles d’Étienne se confirmer. Pour autant, comment convaincre le Journal d’en parler sans apporter de preuves tangibles ?
En parallèle, il y a une jeune femme, une dénommée Nine qui l’aide à sortir de ses réflexions. Elle affirme avoir été présente dans la salle de cinéma le soir de la mort de Mary.
Chapitre 37
Le juge espère convoquer au plus tôt ce nouveau témoin.
François se replonge dans l’affaire des piastres et commence à en extraire des noms. Edgar de Neuville, qui fut sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères en poste à Saïgon durant une dizaine d’années. Félix Allard, ancien secrétaire général du haut-commissariat de France en Indochine.
Alors que Mathilde s’éloigne progressivement de lui, les tensions reprennent avec Hélène. Elle erre on ne sait où, elle boit beaucoup. Bernard de Jonsac est tué lors du cambriolage d’une pharmacie.
Chapitre 38
De plus en plus, François envisage de se rendre à l’Agence des monnaies, à Saïgon.
Du côté de la boutique de Jean et Geneviève, les premières livraisons de marchandises interviennent. Lorsqu’ils s’attablent autour d’un verre avec le livreur, celui-ci leur raconte que sa petite nièce de vingt-deux ans, qui faisait un remplacement à la poste de Lamberghen, a été retrouvée morte dans le bureau. Elle a reçu dix coups à la tête avec le combiné du téléphone.
Chapitre 39
François appelle Neuville en prétextant préparer un article sur l’Indochine. Ils se rencontrent l’après-midi même. Après l’entretien, François se permet de lui demander s’il possédait un compte personnel à la banque Godard ou chez Hopkins Brothers. Neuville affirme qu’il n’en a jamais eu. François s’en va, et appelle le secrétariat d’Allard.
Chapitre 40
On frappe à la porte de Jean, et celui-ci se fait emmener par trois agents. Deux autres agents se présentent à Hélène et l’arrêtent également.
Même François se fait pousser dans une voiture, menottes aux poignets. Il se retrouve dans un bureau avec Jean et Hélène, et il s’avère finalement que c’est à cause de lui que son frère et sa sœur ont été arrêtés. Les recherches qu’il est en train de mener dérangent ceux qui profitent des trafics, et dont les noms pourraient ressortir.
François tente de revendiquer sa liberté de journaliste, mais les agents Lagrange et Arnould coupent court. Ses parents ont été arrêtés, et sont actuellement en route pour la France. Et compte tenu de leur lourd passé criminel, ils risquent tous les deux la guillotine. Lorsque Lagrange confirme que M. Maillard et sa femme sont bien dans l’avion, Jean, François et Hélène répondent qu’il s’agit d’une erreur car eux s’appellent Pelletier. Mais la vérité est sur le point d’éclater.
Louis Pelletier s’appelle en réalité Albert Maillard. Après la guerre de 14, il est devenu vendeur sur catalogue de monuments aux morts. Il a ainsi encaissé des centaines d’acomptes auprès de communes et d’associations, avant de fuir avec l’argent à l’été 1920 en compagnie de sa petite amie de l’époque, Mlle Pauline Maudet. Arrivés Liban sous un nouveau nom, ils ont monté leur entreprise de savonnerie avec l’argent de l’escroquerie.
Jean, François et Hélène n’en reviennent pas. François a donc le choix entre abandonner son enquête, ou laisser détruire la vie de ses parents et par extension la sienne et celle du reste de sa famille également.
Le message est bien passé parmi les enfants Pelletier.
Chapitre 41
Réunis dans le restaurant italien Chez Luigi, c’est l’heure des explications pour les Pelletier.
Mon vrai nom est Albert Maillard, celui de votre maman, c’est Pauline Maudet. Nous sommes arrivés à Beyrouth en 1920 sous le nom d’Evrard. Là nous avons acheté des papiers au nom de Pelletier. Nous les avons payés vingt-quatre mille francs.
Albert alias Louis raconte toute son histoire. Il rend ensuite visite au préfet de police Andrieu, une vieille connaissance. C’est lui qui est derrière l’enlèvement et les menaces faites à ses enfants. Il nie en revanche avoir quoi que ce soit à voir avec la mort d’Étienne.
Angèle de son côté prend la décision d’aller à Saïgon chercher les affaires de son fils. Hélène l’accompagnera.
Chapitre 42
En prenant le métro, François aperçoit Nine qu’il n’a pas vue depuis un petit moment. Ils se donnent rendez-vous rue Bayard le jour de l’Armistice. Mais de nombreuses manifestations ont lieu ce jour-là, en parallèle des cérémonies, pour défendre les mineurs. Des barricades sont dressées, la police prête à charger. François se retrouve au milieu d’une bagarre et perd connaissance.
Lorsqu’il se réveille, il a raté son rendez-vous. Il retourne alors au Journal.
Chapitre 43
À Saïgon, Angèle et Hélène trouvent l’appartement d’Etienne, récupèrent son chat et retournent à leur hôtel. Elles se rendent ensuite à l’Agence des monnaies pour poser quelques questions sur l’enquête qui, elles en sont sûres, a coûté la vie à Étienne. Mais personne ne semble vouloir leur répondre.
Angèle retrouve ensuite Germain Rouet-Babarit, fonctionnaire du haut-commissariat qui l’avait informée de la mort d’Etienne au téléphone. Les débris avaient été envoyés à Bordeaux pour expertise, il fallait désormais attendre entre deux et douze mois pour avoir les résultats. En revanche, il tend une note de 24 000 francs pour le remboursement des frais engagés par l’Administration.
Chapitre 44
Avant de rentrer à Beyrouth, Louis propose un déjeuner à François et à Jean. Il raconte à ses fils davantage d’histoires sur sa jeunesse, et ils déjeunent dans un petit bistro parisien. Après le repas, François monte dans un taxi pour retourner au Régent.
Chapitre 45
Angèle et Hélène apprennent finalement que M. Qiáo a été retrouvé mort le lendemain de la disparition d’Etienne. Son corps a été repêché au nord de Saïgon. Elles parviennent également à récupérer ses affaires, dont son appareil photo, et projettent de poursuivre leur route jusqu’à Biên Hòa.
Chapitre 46
L’ouverture de la boutique Dixie approche, Jean est terriblement nerveux.
François quant à lui est convoqué dans le bureau de ses supérieurs. Ses initiatives personnelles sur les transferts de piastres indochinoises ne plaisent pas, et il doit retourner aux simples faits divers. Il propose sans attendre un nouvel article sur l’affaire Mary Lampson.
Chapitre 47
Hélène et Angèle prennent un taxi pour Biên Hòa jusqu’à l’aérodrome Guynemer. Elles parviennent ainsi à retracer les dernières heures d’Etienne et à découvrir l’identité des autres coupables de sa mort. M. Qiáo en effet n’opérait pas seul.
Chapitre 48
C’est la dernière nuit à Saïgon pour Angèle et Hélène. À 22h45, cherchant sa mère, Hélène met le nez dehors juste à temps pour voir une procession défiler. Diêm est toujours perché sur un char, lorsqu’une balle le met à terre. De retour à l’hôtel, Hélène voit sa mère remettre une enveloppe à l’employé de nuit.
Épilogue : 18 novembre 1948.
Chapitre 49
Angèle atterrit à Beyrouth à 23h. Elle prétexte auprès de son mari être passée chez Lecoq& d’Arneville et avoir dépensé une forte somme d’argent.
François reçoit une note, écrite d’une main féminine : 64 rue Rambuteau. Maintenant ? A cette adresse, celle de l’Hôtel Mercator, il retrouve Nine. Le juge Lenoir est quant à lui dessaisi de l’affaire Lampson.
Hélène s’occupe de développer les photos d’Etienne, et demande à François s’il pourrait y avoir une place de photographe disponible au Journal.
Quant au magasin de Jean et Geneviève, il ouvre le 18 novembre à 7h du matin. En fin de journée, tout a été vendu. Le jour-même, Geneviève annonce à Jean être enceinte.
Le Grand Monde : personnages principaux
Entre drame historique, enquête criminelle et critique sociale, Pierre Lemaitre nous invite à faire la rencontre d’une galerie de personnages hauts en couleurs. Parmi eux :
- Louis Pelletier. Patriarche de la famille, patron d’une savonnerie à Beyrouth. Il tente de faire le maximum pour ses enfants, même s’il ne les comprend pas toujours.
- Angèle Pelletier. Plutôt autoritaire, elle vit assez mal l’éloignement de ses enfants. Elle est très proche d’Étienne, son troisième fils.
- Jean Pelletier. Le fils aîné. Fade, violent, médiocre, dénué de toute forme d’ambition ou de compétence professionnelle, il est un étranger au sein de sa propre famille. Après avoir échoué à la tête de la savonnerie, c’est en grande partie pour fuir Beyrouth qu’il s’envole pour Paris… Et également pour mettre de la distance avec le crime qu’il a commis. Il est le seul des enfants à être marié, mais son mariage lui aussi est un échec.
- François Pelletier. Il fait croire à sa famille qu’il va intégrer l’École normale supérieure et devenir fonctionnaire lorsqu’il projette en réalité de se consacrer tout entier à sa passion, le journalisme, au grand dam de sa mère. Le meurtre de Mary lui offre l’opportunité rêvée pour faire décoller sa carrière.
- Étienne Pelletier. Lui s’envole pour l’Indochine française, afin de rejoindre son compagnon Raymond, légionnaire dont il n’a plus de nouvelles. Malgré lui, il va se retrouver au cœur d’un complot qui le dépasse.
- Hélène Pelletier. Petite dernière de la famille, elle supporte mal le départ de ses frères, et surtout celui d’Étienne, avec qui elle entretient une relation fusionnelle. Cela se traduit par les lettres qu’ils s’envoient tout au long de l’histoire. C’est sur un coup de tête qu’elle se retrouve à son tour à Paris.
Analyse de Le Grand Monde de Pierre Lemaitre
De la fresque historique au drame intime, nous savions déjà que Pierre Lemaitre maîtrisait l’art du récit à la perfection. Dans Le Grand Monde, son écriture donne vie à un roman particulièrement riche où l’Histoire avec un grand H s’entremêle aux destins individuels. Ici les moiteurs suffocantes de Saïgon, là l’agitation fiévreuse des salles de rédaction parisiennes d’après-guerre qui contraste avec la douceur trompeuse de Beyrouth tandis que plus loin, très loin, soldats français et combattants Vietminhs s’affrontent dans un conflit sans issue. Mais derrière la fresque historique, c’est aussi la veine sociale et politique chère à Lemaitre qui s’exprime.
« Les lecteurs ont besoin d’histoires qui leur ressemblent… mais en pire », écrivait Pierre Lemaitre. Le Grand Monde en est l’illustration parfaite. Les personnages, d’apparence banale, sont confrontés à des situations extrêmes. Lemaitre les pousse dans leurs retranchements, les force à basculer dans l’ambiguïté morale, voire dans l’horreur. Saïgon, Paris, Beyrouth, les destinations changent et les intrigues s’entrelacent sans temps mort. Nous sommes happés dans une sorte de grand tourbillon, où chaque événement fait avancer la grande mécanique du roman. Le Grand Monde s’inscrit de cette manière dans la tradition de la fresque sociale, à l’image des Rougon-Macquart de Zola, où l’on retrouve notamment Germinal. Cela permet à l’auteur d’explorer les destins individuels pris dans les grands bouleversements historiques et sociaux de leur époque.
Contexte historique de Le Grand Monde
Le Grand Monde, publié en 2022, s’inscrit dans une fresque familiale et sociale. Il s’agit du premier tome d’une tétralogie appelée Les Années glorieuses, qui retrace l’histoire de la famille Pelletier sur plusieurs décennies.
Le roman s’ouvre en 1948, dans un monde en reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. C’est une époque charnière pour la France et le monde, marquée par plusieurs événements majeurs :
- Le début des Trente Glorieuses (1945-1975) en France. Le Plan Marshall aide à la reconstruction de l’Europe, la classe moyenne se développe. C’est aussi le début de la société de consommation.
- La guerre d’Indochine (1946–1954), dans laquelle s’enlise la Légion étrangère. On note aussi des tensions au Liban et au Proche-Orient, régions encore sous influence française.
- Le début de la Guerre froide (à partir de 1947). Le monde se divise entre l’influence américaine (capitalisme) et soviétique (communisme, évoqué dans Le Mage du Kremlin), ce qui a aussi des conséquences sur les colonies. De cette fragmentation, les États-Unis ressortent comme superpuissance dominante.
C’est à partir de ce contexte que Pierre Lemaitre bâtit sa saga familiale, où intrigues économiques, politiques et personnelles s’entrelacent. Il y a d’un côté l’entreprise familiale Pelletier, qui fabrique du savon de Marseille à Beyrouth. Et de l’autre les enfants Pelletier, qui se dispersent dans le monde et incarnent chacun un aspect de l’époque : la guerre coloniale, la presse, la politique, les affaires. Le ton est ironique, satirique, avec une critique du capitalisme naissant et de la société française d’après-guerre.
Symbolisme dans Le Grand Monde
Le symbolisme dans Le Grand Monde de Pierre Lemaitre est riche et multiforme. Déjà, le titre lui-même est hautement symbolique. D’un point de vue social, Le Grand Monde fait allusion à l’élite bourgeoise, aux sphères du pouvoir, et aux milieux influents dans lesquels certains personnages cherchent à s’introduire. D’un point de vue géographique, les enfants Pelletier sont éparpillés à travers le globe (Saïgon, Paris, Beyrouth, New York). Cela peut symboliser la mondialisation naissante, mais aussi l’éclatement familial. Et puis, d’un point de vue plus existentiel, Le Grand Monde est aussi une métaphore du passage à l’âge adulte, à la confrontation à la réalité, à la désillusion et à l’ambition.
Le fait que l’entreprise Pelletier fabrique du savon n’est certainement pas dû au hasard non plus. Il y a une charge symbolique forte derrière ce choix, à mesure que les affaires Pelletier deviennent de plus en plus « sales ». Il y a un vrai contraste qui se créé entre la façade respectable et les compromissions morales. D’autre part, l’entreprise représente l’héritage patriarcal, l’autorité du père et la manière dont chaque enfant s’en éloigne ou s’en affranchit.
L’exil et la dispersion des enfants
Chaque enfant représente une facette du monde d’après-guerre.
- Jean, qui symbolise les illusions viriles d’héroïsme.
- François, journaliste à Paris représente le mensonge et la manipulation médiatique.
- Hélène, artiste incomprise, est construite comme une figure de l’émancipation féminine dans une société patriarcale.
- Étienne, marginalisé, homosexuel, c’est la voix des identités réprimées, et de la lutte contre l’oppression (notamment dans le contexte colonial au Liban).
Dans ce contexte, les villes non plus ne sont pas neutres. Paris, capitale intellectuelle, appartient aussi à un monde corrompu et élitiste. Beyrouth marque un pont entre Orient et Occident, symbole de la richesse coloniale mais aussi de l’effondrement à venir. Tandis que Saïgon, avec son décor de guerre, marque la fin de l’Empire colonial français.
Et ainsi, les conflits familiaux symbolisent les conflits idéologiques et sociaux de la France des années 1950.
Thèmes du livre Le Grand Monde
Le roman Le Grand Monde aborde une multitude de thèmes interconnectés à travers le destin de la famille Pelletier.
La reconstruction d’après-guerre
Alors que la France et le monde se reconstruisent après les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, les personnages tentent eux aussi de se « reconstruire », de s’émanciper, de prendre leur place dans un monde en mutation.
La quête d’identité
Chaque personnage cherche à s’affirmer face à l’héritage familial, aux normes sociales ou à l’histoire collective. Hélène veut exister par l’art, hors des carcans féminins. Étienne est en quête de reconnaissance personnelle et affective. Jean se construit une image publique qui masque sa médiocrité intime. La question de l’émancipation, de la fidélité à soi-même, traverse tout le roman.
L’ascension sociale et la corruption morale
Alors que la société française entre dans l’ère de la consommation, le roman critique le carriérisme, la trahison des valeurs, et la manipulation des médias (via François notamment). Le thème de l’hypocrisie bourgeoise est central. Derrière les apparences de respectabilité se cachent souvent mensonges, trahisons, lâchetés.
La famille, entre loyauté et conflit
Au milieu de tout ça, la fratrie Pelletier est un microcosme des tensions sociales de l’époque. Derrière l’apparente solidarité familiale pointent rivalité, héritage, mais aussi autorité du père dominateur. Le poids familial peut tour à tour façonner, écraser ou inspirer. Ainsi, tous les personnages, malgré leur mobilité, leur succès ou leur ambition, semblent profondément seuls. L’éloignement géographique symbolise l’éloignement affectif, le déracinement, l’incapacité à « rentrer chez soi ». Ce thème rejoint celui du désenchantement, très présent dans le roman. Certains tentent de prendre en main leur destinée, mais tous semblent prisonniers de leur époque, de leur nom, de leur milieu. Lemaitre questionne ainsi la part de libre arbitre dans un monde où tout pousse à la conformité ou à la fuite.
Citation du livre Le Grand Monde
Entre la terrasse du Métropole et celle du Cristal Palace, vous avez tout ce qui importe à Saigon. Diplomates sur le retour, aventuriers, séducteurs, banquiers corrompus, journalistes alcooliques, prostituées et demi-mondaines, aristocratie française, communistes masqués, planteurs richissimes. Tout est là. L’erreur serait de croire que Saigon est une ville. C’est un monde à part entière. La corruption, le jeu, le sexe, l’alcool, le pouvoir, tout s’y donne libre cours sous l’autorité de la déesse absolue, celle que tout le monde révère, à savoir Sa Majesté la Piastre !
C’étaient des arbres d’un vert profond comme elles n’en connaissaient pas, des étendues d’eau, des rizières, des villages, des rues, des routes qui ressemblaient à des chemins sur lesquelles des buffles tiraient des charrettes d’où des enfants, les pieds ballants à l’arrière, vous regardaient froidement en caressant des poules qu’ils tenaient sur leurs genoux.
Si vous écrivez bien, le journalisme n’est pas fait pour vous, faites plutôt des romans.
– Cette guerre est trop importante pour qu’on la termine.
– La paix, c’est quand même mieux que la guerre…
– Ça dépend. Parce qu’il y a guerre et guerre. Par exemple, en France, les gens se foutent complètement de ce qui se passe ici parce qu’il n’y a que des militaires de carrière. Tant que les appelés du contingent ne viendront pas crever dans les rizières, pour les Français, la paix ou la guerre, ça sera la même chose, parce que ça ne change rien à ce qu’ils ont dans leur assiette.
Questions et réponses sur Le Grand Monde
Compréhension de l’intrigue
Comment la famille Pelletier se répartit-elle entre Beyrouth, Paris et Saïgon, et quels enjeux personnels motivent chaque membre ?
La famille Pelletier est dispersée. Louis, le père, reste à Beyrouth pour gérer la savonnerie familiale. François part à Paris pour faire carrière dans le journalisme. Jean va aussi à Paris, où il cherche à briller dans les affaires. Etienne se met en route pour Saïgon et Hélène quant à elle reste d’abord à Beyrouth mais rêve d’émancipation et s’envole pour Paris. Chacun fuit l’autorité paternelle pour suivre ses ambitions ou trouver sa place dans le monde.
Décrivez les principaux obstacles rencontrés par Jean et François à leur arrivée à Paris
À Paris, François se heurte à la difficulté de percer dans le milieu journalistique, ce qui le pousse à user de ruses et de compromissions. Jean peine à s’émanciper du modèle paternel. Après un emploi de bureau sans éclat, il devient représentant en sous-vêtements mais reste enfermé dans un quotidien médiocre, loin de ses rêves d’ascension.
En quoi la correspondance entre Hélène et Étienne éclaire-t-elle l’évolution de leurs sentiments et de leur destin ?
La correspondance entre Hélène et Étienne révèle une profonde complicité. Elle permet à chacun d’exprimer ses doutes et son isolement, et les aide à affirmer leur individualité face à la famille et au monde.
Analyse des personnages
En quoi Louis et Angèle incarnent-ils deux visions opposées de la réussite et de l’attachement familial ?
Louis, autoritaire et attaché à la tradition, incarne une vision patriarcale de la réussite fondée sur le travail, l’entreprise familiale et le pouvoir. Angèle, plus sensible et tournée vers ses enfants, valorise l’amour, la compréhension et le lien affectif. Elle représente une vision plus humaine et désintéressée de la famille.
Analysez le parcours d’Étienne en Indochine : comment sa quête amoureuse le transforme-t-elle ?
Confronté à la violence coloniale et à l’homophobie, Étienne se transforme en un homme plus lucide, déterminé et libre, affirmant pleinement son identité.
Thèmes et symbolisme
Comment la savonnerie familiale et le commerce du savon deviennent-ils des symboles de prospérité et d’incertitude ?
La savonnerie familiale symbolise la prospérité héritée et la stabilité apparente, mais c’est aussi l’illusion d’un ordre durable. À mesure que le commerce vacille face aux bouleversements historiques et personnels, elle incarne l’incertitude et le déclin d’un monde en mutation.
Analysez le motif des pénuries et des piastres comme métaphore de l’instabilité économique et politique
Les pénuries et la circulation des piastres en Indochine symbolisent l’instabilité économique et politique de la période coloniale. C’est un vrai chaos monétaire, avec la perte de contrôle de l’administration française et des tensions sociales croissantes. Cela traduit aussi la fragilité des systèmes imposés face aux réalités du terrain et annonce l’effondrement imminent de l’empire.
Contexte historique et littéraire
Situez le roman dans la période des Trente Glorieuses : quels sont les grands enjeux socio-économiques évoqués ?
Situé au début des Trente Glorieuses, le roman illustre la reconstruction économique, la montée de la consommation de masse, l’urbanisation rapide et la modernisation industrielle. Il explore aussi les tensions liées à la décolonisation, aux conflits coloniaux et aux inégalités sociales qui traversent cette période de croissance.
Comparez les enjeux post-coloniaux du récit avec ceux d’Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie
Comme Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie, Le Grand Monde explore les conséquences des conflits sur les individus et la société. Alors que les deux premiers se concentrent sur l’après-Première Guerre mondiale et ses traumatismes, Le Grand Monde aborde les enjeux post-coloniaux liés à la décolonisation, la guerre d’Indochine et les bouleversements géopolitiques des Trente Glorieuses.
Quel regard Pierre Lemaitre porte-t-il sur la guerre d’Indochine et ses répercussions familiales ?
Pierre Lemaitre porte un regard critique et sombre sur la guerre d’Indochine. C’est un conflit violent, absurde, qui a un impact destructeur sur les individus et les familles.
Style et procédés d’écriture
Comment l’alternance de points de vue sert-elle à donner une dimension polyphonique au roman ?
L’alternance des points de vue permet de croiser les regards et expériences des différents membres de la famille Pelletier. Cela créé une multiplicité de voix qui enrichit la narration, dévoile les conflits internes et sociaux, et crée une dimension polyphonique qui reflète la complexité du monde d’après-guerre.
En quoi le ton parfois journalistique de la narration accentue-t-il le réalisme documentaire du cadre historique ?
Le ton journalistique injecte une impression d’objectivité et de précision. Il donne au récit une dimension quasi documentaire qui ancre fermement l’intrigue dans son contexte historique réel et rend les événements plus tangibles et crédibles pour le lecteur.
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En tant que spécialiste de la littérature Européenne, j'ai toujours été intéressée par les différentes façons dont les écrivains de différentes cultures abordent leur travail. Je suis née en France, et mes parents étaient tous deux enseignants. J'ai grandi dans un foyer rempli de livres, et mon amour pour la littérature s'est développé très tôt.
J'ai étudié l'anglais à l'université et, une fois diplômée, j'ai déménagé à Londres pour poursuivre ma passion pour l'écriture. Je vis maintenant Nice depuis plus de dix ans, et mon travail a été publié au sein de plusieurs sites Web, magazines et revues spécialisées.
J'ai bien évidemment étudié en profondeur tous les classiques de la littérature espagnole, française, anglaise. Mais ce que j'aime vraiment, c'est explorer le travail d'écrivains contemporains issus de cultures et de milieux différents. À mon avis, il n'y a pas une seule "bonne" façon d'écrire de la littérature. Chaque écrivain a sa propre voix unique, et c'est cette diversité qui rend la littérature si intéressante.
Je crois que chaque personne a une histoire à raconter, et c'est pourquoi je pense qu'il est important d'en parler. C'est ainsi que je m'intéresse particulièrement à la manière dont ils sont influencés par leur milieu culturel. Je crois que la littérature peut être un outil puissant pour comprendre le monde qui nous entoure, et je m'efforce d'apporter cette compréhension à mes lecteurs.
Je suis toujours à la recherche d'écrivains nouveaux et passionnants à lire, et j'espère que mes articles et résumés de livres vous feront découvrir quelques-uns des meilleurs ouvrages contemporains du monde entier. Merci de vous joindre à moi dans ce voyage littéraire !



