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Lumières de Bohème – Ramón María del Valle-Inclán : Résumé

En lisant ce résumé de Lumières de Bohème, vous comprendrez quelle était l’intention (et le génie) de Ramón del Valle-Inclán : écrire une tragi-comédie sur le contexte socio-historique dans lequel il vivait.

A travers Max Estrella, le personnage principal, et quelques amis rencontrés dans la vie nocturne de Madrid, l’auteur fait un voyage au cœur du grotesque. Affrontements politiques, tromperie et violence entre égaux, une ville dégradée par les vices et l’hypocrisie… Le plus curieux, c’est peut-être la façon dont l’auteur parvient à faire une critique de l’humour et du grotesque eux-mêmes. Un sous-genre que Valle-Inclán a développé dans son œuvre.

Résumé court de Lumières de Bohème par Valle-Inclán

C’est qu’il faut comprendre avec Lumières de Bohème de Valle-Inclán, c’est que la pièce a un but : montrer une réalité décadente. Pour ce faire, l’auteur utilise l’esperpento, un genre littéraire créé par l’auteur lui-même, qui consiste à décrire une situation (dans ce cas, celle de l’Espagne du début du vingtième siècle) par le biais du ridicule et de l’exagération.

Le protagoniste, à travers lequel nous apprenons à connaître cette réalité décrépite, est Max Extrella. Max est un poète aveugle à court d’argent, ayant du mal à subvenir aux besoins de sa femme et de sa fille. Un soir, il décide d’aller avec son ami Don Latino demander plus d’argent à un libraire pour la vente de ses ouvrages.

La réponse est négative et les deux amis repartent les mains vides. Ainsi commence une nuit d’aventures et des scènes caricaturales autour de Madrid. Ils se rendent d’abord dans quelques tavernes où Max parvient à vendre sa cape (avec laquelle il se protégeait du froid) en échange d’un billet de loterie qu’il pensait gagnant.

Dans l’une de ces tavernes, il rencontre des amis qui sont également des poètes. Avec eux, il évoque la situation politique et culturelle en Espagne. Tous ivres et frustrés, ils créent une émeute si bien que la police, alertée, vient voir ce qu’il se passe. Devant l’attitude moqueuse de Max, les gardes l’emmènent au cachot. Là, ils le maltraitent et lui font passer une partie de la nuit avec un prisonnier catalan condamné à mort, avec qui il se lie rapidement.

Le protagoniste parvient à sortir du cachot grâce à ses amis écrivains qui font une dénonciation publique par le biais d’un journal.

La nuit se poursuit dans un Madrid traversé de conflits politiques, qui conduisent à des morts innocentes comme celle d’un petit enfant.

Après une longue marche, Don Latino et Max retournent à la maison de ce dernier. Avant d’entrer, Max fait un discours sous forme de monologue dans lequel il réfléchit à ce qu’il a vécu cette nuit et à ce qui se passe en Espagne. Une fois le discourt fini, il s’effondre. Il meurt sous le regard de son « ami », qui le laisse agoniser et en profite pour lui voler son portefeuille.

Après les funérailles de Max Estrella, on apprend que dans le portefeuille volé par Don Latino se trouvait le ticket de loterie gagnant. La pièce se termine par l’annonce du suicide de la femme et de la fille de Max.

Résumé scène par scène de Lumières de Bohème par Valle-Inclán

L’action de Lumières de Bohème se déroule en quinze scènes, sans séparation entre les actes. Néanmoins, chacune de ces scènes constitue une unité dramatique, ce qui facilite notre résumé.

Scène I

La pièce commence par nous présenter le personnage principal, Max Estrella. C’est un poète aveugle qui, en plus de publier quelques romans, travaille dans un journal. Dans cette première scène, sa femme lui lit une lettre que le rédacteur en chef du journal lui a envoyée pour l’informer de son licenciement. Voilà une situation qui aggrave la situation financière déjà critique du ménage, où il devient difficile de se nourrir.

C’est alors qu’apparaît Don Latino, l’ami et éditeur de Max, dont la vie est presque aussi misérable que celle de l’écrivain. Il vient lui rendre visite pour lui remettre le peu d’argent que ses livres ont récolté, et l’encourage à aller à la librairie pour voir s’il peut en vendre davantage. Les deux sortent dans la nuit de Madrid.

Scène II

Dans la librairie, le propriétaire trompe Max en lui disant qu’il a déjà vendu tous les livres. Et qu’il est donc trop tard pour modifier le prix. Don Latino voit qu’il y a encore des livres dans l’arrière-boutique et qu’ils ne sont pas épuisés, mais le libraire reste ferme.

Don Peregrino Gay, un écrivain tout juste arrivé de Londres, entre également dans les lieux. Dans la rue, on entend les cris « Viva España ». Valle-Inclán profite de cette scène pour créer un dialogue entre les quatre personnages à propos de la situation en Espagne et de la grande influence du catholicisme.

Scène III

Don Latino et Max Estrella sont maintenant dans une taverne. Parmi les personnages présents se trouve une femme à qui Max doit l’argent d’un billet de loterie. Comme il n’a pas d’argent, il lui propose sa cape mais le temps qu’il ne fasse l’échange, La Pisa Bien (la femme) est déjà partie pour La Modernista avec le billet.

Dehors, dans la rue, on crie, comme c’était courant à l’époque, en raison de la situation socio-politique du pays.

Scène IV

Comme ils pensent que le ticket peut être un ticket gagnant, ils décident de se rendre à La Modernista sur les traces de La Pisa Bien. Là, ils la trouvent et négocient d’en échanger le dixième contre la cape.

Ils rencontrent également un groupe de poètes modernistes. Max commence à bavarder avec eux, se lamentant sur sa malchance en tant qu’écrivain. S’engage une conversation dans laquelle ils critiquent sévèrement la culture et la politique du pays.

Au final, tous finissent par noyer leur chagrin dans l’alcool. Ils font un tel vacarme que la police surgit à La Modernista. Max se moque de l’un des capitaines et est emmené au ministère de l’Intérieur.

Scène V

Au ministère de l’Intérieur, Max Estrella doit témoigner de l’altercation qui a eu lieu auparavant. Comme il est encore ivre, son ton sarcastique déplaît et il est emmené dans les cachots. Ses amis poètes modernistes envoient alors une lettre au journal pour dénoncer l’arrestation de leur collègue.

Scène VI

Dans la cellule, après avoir été battu par les gardes, Max engage la conversation avec un ouvrier catalan qui se trouve également là. Il s’accorde avec lui sur la nécessité d’une révolution sociale et progressiste, pour changer les choses.

Le Catalan raconte son histoire à Max. Ne voulant pas aller à la guerre, il a organisé une émeute dans l’usine où il travaille et a été emprisonné pour ces faits. Condamné à être exécuté, il est emmené au milieu de la nuit. Max est laissé seul dans le donjon, accablé de chagrin et impuissant.

Scène VII

Les amis poètes de Max et Don Latino sont dans la rédaction du journal Le public. Ils discutent alors avec un journaliste, qui promet d’essayer de faire quelque chose pour Max, bien qu’avant de publier quoi que ce soit, il doive avoir l’approbation de son patron. C’est l’occasion pour Valle-Inclán, à travers ses personnages, de soulever la question du problème de la liberté de la presse. Finalement, grâce à un appel au secrétariat du ministère de l’Intérieur, ils parviennent à faire libérer le protagoniste.

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Scène VIII

Tout juste sorti de prison, Max souhaite se plaindre auprès du ministre pour ce qui lui a été fait. Il obtient un rendez-vous et nous découvrons alors que le ministre est un ancien ami de Max, autrefois un homme bohème et littéraire.

Les deux personnages parlent de tout et le ministre décide de faire une faveur à son vieil ami. Il demande qu’un salaire mensuel soit versé à Max pour qu’il puisse vivre dans la dignité. Cet argent proviendra d’un fonds public dans lequel les membres du gouvernement pourront puiser sans justification ni explication.

Scène IX

Max Estrella retrouve Don Latino et ensemble, ils vont au Café Colón. Ils y rencontrent Ruben Darío avec qui ils commencent à parler de thèmes métaphysiques et philosophiques.

Scène X

Max et Don Latino continuent leur promenade dans les rues de Madrid et arrivent au Paseo del Prado, un quartier connu pour sa prostitution galopante. Deux femmes s’approchent d’eux. Don Latino part avec l’une d’elle, et Max reste à discuter avec Lunares.

Scène XI

En se promenant à nouveau, Don Latino et Max assistent à une scène qui leur glace le sang. Une femme pleure la mort de son enfant, décédé dans les tirs croisés entre la police et les travailleurs manifestants. Autour de la mère éplorée, des émeutes et des conflits continuent de se faire entendre entre ceux qui applaudissent l’action de la police et ceux qui défendent les travailleurs qui luttent pour de meilleures conditions de travail.

Max se sent dépité. Le sentiment s’aggrave lorsqu’il entend au loin les tirs d’un peloton d’exécution. Il est sûr qu’elles visaient le dos de son compagnon de cellule.

Scène XII

Les deux personnages retournent à la maison de Max. Arrivé à la porte, Max se retourne et entame un monologue dans lequel il définit ce qu’est l' »esperpento ». Ce terme fait référence au genre développé par Valle-Inclán lui-même, et qui consiste à faire une caricature de la réalité. À la montrer plus grotesque qu’elle ne l’est déjà, afin de critiquer le monde dans lequel nous vivons.

Alors qu’il fait sa déclamation, Max, gelé sans sa cape et ivre, meurt à petit feu. Quand son ami Don Latino le voit inconscient et mourant, il lui prend son portefeuille qui contient non seulement de l’argent mais aussi le fameux ticket de loterie gagnant. Il prétexte qu’autrement quelqu’un d’autre le volera.

Peu après le départ de Don Latino qui n’a pas donné l’alerte, le concierge sort de la maison et prévient la femme de Max du décès de son mari.

Scène XIII

Le cadavre de Max Estrella repose dans le grenier de sa maison. Tous les gens qui veulent lui dire au revoir lui rendent visite. Même Don Latino fait acte de présente, feignant plus de chagrin qu’il n’en ressent réellement. Et démontrant ainsi son hypocrisie.

Scène XIV

Le corbillard a emmené le cercueil de Max au cimetière. Au cours des funérailles, des personnalités telles que Rubén Darío et le Marqués de Bradomín prennent la parole, et livrent des discours sur la mort, la vie et, encore une fois, la littérature et la culture espagnoles.

Scène XV

La première taverne dans laquelle Don Latino et Max se sont rendus apparaît à nouveau sur la scène. Le premier est maintenant seul, feignant une grande tristesse à la mort de son ami.

Juste avant la fin de la pièce, nous apprenons qu’une femme et une fille sont mortes. C’est la femme et la fille de Max Estrella, qui se sont suicidées.

Pourquoi lire Lumières de Bohème par Valle-Inclán ?

L’un des aspects les plus intéressants de Lumières de Bohème est la grande expressivité de chaque scène. De chaque personnage. De chaque dialogue. Valle-Inclán réussit à créer un portrait satirique et dramatique des habitants de Madrid en 1920. Une société qui ne voulait pas voir la réalité. Et qui dissimulait ses débats et ses inquiétudes dans l’alcool, les mensonges, les bagarres et les vices.

L’auteur utilise un langage mordant et parfois exagéré, créant l’esperpento évoqué. Ce style littéraire créé par Valle-Inclán intervient dans toutes ses œuvres, mais atteint son apogée avec Lumières de Bohème. Le monologue final de Max Estrella, juste avant sa mort, exprime parfaitement ce qu’est l’esperpento. Ce qui augmente la valeur de la pièce.

L’essor de l’esperpento

L’esperpento, c’est le Madrid de Lumières de Bohème. Une ville déformée et sans espoir, où l’amertume est telle qu’elle en devient humoristique. Valle-Inclán présente ainsi une nouvelle façon de regarder l’histoire de l’Espagne, notamment les épisodes qu’il a vécus et qu’il met en scène dans cette pièce. Du point de vue de la physiologie, la perspective est tragicomique et peut être utilisée pour revisiter de nombreux événements nationaux.

Valle-Inclán a voulu prendre la réalité et la regarder à travers un prisme déformant pour la rendre encore plus ridicule. La guerre entre égaux, voler ceux qui sont plus pauvres que soi, se croire supérieur parce que l’on vend quelques livres de plus… Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place pour la critique. En fait, il est intéressant de voir comment, même avec de l’humour, l’auteur parvient à maintenir un ton sérieux sur certains sujets (notamment la culture et la littérature).

Le petit plus de Lumières de Bohème, par Ramón del Valle-Inclán

La grande réflexion que nous propose Lumières de Bohème est la suivante : pouvons-nous éluder notre propre contexte? Max Estrella croit qu’il le peut. Il pense qu’il n’est pas attiré par les choses matérielles et qu’il peut vivre sans faire partie de la situation socio-politique dans laquelle il a été plongé. Il considère qu’il n’a pas besoin d’argent ni de trop s’impliquer parce qu’il est un poète, un intellectuel. Et qu’il n’a besoin de rien d’autre que de ses idées.

Cependant, cette dernière nuit à Madrid lui fait prendre conscience que la fuite est impossible. Les malheurs (les siens et ceux des autres) l’affectent, tout comme le désir de s’en sortir financièrement (représenté par le fameux billet de loterie). Les vices, aussi banals qu’ils puissent nous paraître, font partie de nous. Et il est hypocrite de se croire au-dessus de notre nature et de notre contexte.

Lumières de Bohème, à travers ses dialogues grotesques et même humoristiques, nous amène à y réfléchir. Parce qu’en fin de compte, tous les personnages de Valle-Inclán, même ceux qui ont déjà de l’argent, gouvernent leur vie par « Je veux plus et je ferai tout pour l’obtenir« . Cette pensée peut facilement être transposée à notre contexte actuel. Il semble donc que cette œuvre, lue cent ans plus tard, soit toujours d’actualité.

Sans aucun doute, si nous voulions savoir comment écrire une histoire à succès dans le pur style de Valle-Inclán, la clé serait de construire une œuvre qui ne se démode jamais. Une pièce qui transmet un sentiment et représente une réalité qui, malgré le passage du temps, reste toujours d’actualité, continue de fournir de la valeur.

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Malgré tout, l’extravagance des personnages et les situations farfelues auxquelles ils sont confrontés, bien que toujours avec un ton critique, apportent quelques rires aux lecteurs. Ne passez pas à côté de la découverte de Lumières de Bohème !

A propos de l’auteur
Lauriane

En tant que spécialiste de la littérature Européenne, j'ai toujours été intéressée par les différentes façons dont les écrivains de différentes cultures abordent leur travail. Je suis née en France, et mes parents étaient tous deux enseignants. J'ai grandi dans un foyer rempli de livres, et mon amour pour la littérature s'est développé très tôt.

J'ai étudié l'anglais à l'université et, une fois diplômée, j'ai déménagé à Londres pour poursuivre ma passion pour l'écriture. Je vis maintenant Nice depuis plus de dix ans, et mon travail a été publié au sein de plusieurs sites Web, magazines et revues spécialisées.

J'ai bien évidemment étudié en profondeur tous les classiques de la littérature espagnole, française, anglaise. Mais ce que j'aime vraiment, c'est explorer le travail d'écrivains contemporains issus de cultures et de milieux différents. À mon avis, il n'y a pas une seule "bonne" façon d'écrire de la littérature. Chaque écrivain a sa propre voix unique, et c'est cette diversité qui rend la littérature si intéressante.

Je crois que chaque personne a une histoire à raconter, et c'est pourquoi je pense qu'il est important d'en parler. C'est ainsi que je m'intéresse particulièrement à la manière dont ils sont influencés par leur milieu culturel. Je crois que la littérature peut être un outil puissant pour comprendre le monde qui nous entoure, et je m'efforce d'apporter cette compréhension à mes lecteurs.

Je suis toujours à la recherche d'écrivains nouveaux et passionnants à lire, et j'espère que mes articles et résumés de livres vous feront découvrir quelques-uns des meilleurs ouvrages contemporains du monde entier. Merci de vous joindre à moi dans ce voyage littéraire !