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Résumé du livre Antigone de Jean Anouilh

Parue en 1944, la pièce de Jean Anouilh Antigone est une tragédie inspirée de la pièce éponyme de Sophocle. Entre convictions personnelles et autorité de l’État, l’intrigue aborde les thèmes du devoir, de la loyauté et de la justice dans une Thèbes en proie à l’instabilité politique après une guerre civile. Des questions qui demeurent aujourd’hui encore sujets de controverse.

Parcourons ensemble le résumé et l’analyse de l’œuvre !

Antigone de Jean Anouilh : résumé court

Après la guerre civile dévastatrice qui a ravagé Thèbes, Antigone explore le conflit des devoirs moraux. Étéocle et Polynice, tous deux fils d’Œdipe, sont morts en s’affrontant pour le contrôle de la ville. Leur oncle, Créon, monte alors sur le trône. Il ordonne qu’Étéocle reçoive des funérailles dignes, tout en les refusant à Polynice, qu’il considère comme un traître.

Mais forte de sa foi en la loi divine et de son sens du devoir familial, Antigone, leur sœur, défie le décret de Créon. Elle affirme que son engagement envers les morts prime sur les allégeances des vivants. Sa sœur Ismène craint d’agir, mais Antigone demeure déterminée malgré la menace de mort. Elle est arrêtée et se retrouve face à Créon, qui applique sa loi avec rigueur pour asseoir son autorité et prévenir le chaos.

Hémon, fils de Créon et fiancé à Antigone, implore son père de faire preuve de clémence. Il l’avertit que la mort d’Antigone engendrerait un désastre. Mais Créon reste inflexible. Une fois Antigone morte, Hémon se donne la mort, accablé de chagrin. Eurydice, l’épouse de Créon, inconsolable après la mort de leur fils, se donne également la mort. Reste ainsi Créon, confronté aux terribles conséquences de son orgueil démesuré et de son opposition à la volonté divine.

Antigone de Jean Anouilh : résumé long

Antigone ne comporte ni actes ni scènes mais se divise en plusieurs parties, au fil des entrées et des sorties des acteurs.

Partie 1

Le Chœur descend du haut de l’escalier et présente les personnages au public. Nous apprenons qu’Antigone est prête à se dresser seule contre le roi et à mourir jeune. Au lever du rideau, elle commence déjà à sentir des forces inhumaines l’arracher au monde.

Le Chœur présente ensuite Hémon, le fiancé séduisant d’Antigone, et Ismène, sa sœur. Bien qu’on s’attendît à ce qu’Hémon choisisse Ismène, c’est finalement la main d’Antigone qu’il a demandée le soir d’un bal. Il ignore encore que ses fiançailles lui causeront une mort prématurée.

Le Chœur se tourne alors vers Créon, roi de Thèbes. Dans sa jeunesse, sous le règne d’Œdipe, il était un mécène des arts. La mort d’Œdipe et de ses fils le contraint aux lourdes responsabilités du pouvoir. Près de la nourrice des sœurs est assise la bonne reine Eurydice. Quant au Messager, adossé au mur, il médite sur sa prémonition de la mort d’Hémon.

Le Chœur relate alors les événements qui ont conduit à la tragédie d’Antigone. Œdipe, père d’Antigone et d’Ismène, avait également deux fils, Étéocle et Polynice. À sa mort, il fut convenu qu’ils monteraient chacun sur le trône, en alternant d’une année à l’autre. Après la première année cependant, Étéocle l’Ancien refusa d’abdiquer. Polynice et six princes étrangers prirent d’assaut les sept portes de Thèbes et furent tous vaincus. Les frères s’entretuèrent en duel, laissant Créon roi. Créon ordonna qu’Étéocle soit enterré avec les honneurs mais refusa de faire de même pour Polynice. Quiconque tenterait de l’enterrer serait mis à mort.

C’est une aube cendrée et la maison dort encore. Antigone se glisse à l’intérieur. La Nourrice apparaît et lui demande où elle était passée. « Nulle part », souffle Antigone, songeant à la beauté du monde sous la grisaille, et à la grâce du jardin. La Nourrice lui demande avec colère si elle est allée voir quelqu’un. Un amant peut-être ? Antigone acquiesce. La Nourrice est outrée. Antigone ne se maquillant pas et ne faisant pas attention aux garçons, elle était persuadée qu’elle resterait seule toute sa vie.

Partie 2

La Nourrice frémit à l’idée de ce que Créon et Hémon pourraient penser. Mais Antigone supplie la Nourrice de ne pas pleurer : elle plaisantait. Elles se prennent l’une et l’autre dans les bras.

Soudain, Ismène entre et demande elle aussi où était passée Antigone. La Nourrice les réprimande toutes les deux pour s’être levées si tôt.

Très vite, la conversation porte sur les événements récents. Ismène affirme qu’elles ne peuvent enterrer Polynice, car Créon les fera exécuter. Mais Antigone reste inflexible et rétorque que c’est son dessein d’enterrer leur frère. Ismène insiste sur son impulsivité. Elle comprend plus ou moins les intentions de Créon ici : il doit donner l’exemple. Le roi a la foule avec lui, une foule immense qui les traînera jusqu’à l’échafaud.

Antigone repousse Ismène. Celle-ci l’exhorte à la raison. Seuls les hommes meurent pour leurs idéaux. Ismène dit à Antigone qu’elle est une jeune fille, fiancée qui plus est. Souhaitant couper court à la conversation, Antigone lui dit de retourner se coucher. Le soleil est levé désormais. Ismène se retire.

La Nourrice réapparaît et appelle Antigone pour le petit-déjeuner. La jeune fille lui demande de la garder au chaud et en sécurité comme depuis toujours, en expliquant qu’elle est trop jeune pour ce qu’elle doit endurer à présent. La Nourrice a toujours su repousser la fièvre, les cauchemars, les ombres et la nuit. Sa main puissante, qu’Antigone presse contre sa joue, éloigne tout mal. Elle lui demande aussi de ne plus jamais gronder son chien Puff, surtout si, pour une raison ou une autre, elle n’en était plus capable elle-même. Indignée et perplexe, la Nourrice accepte sans vraiment comprendre.

Soudain, Hémon entre et la Nourrice s’en va. Les fiancés s’étreignent et Antigone implore son pardon. Ils se sont disputés lors de leur dernière entrevue. Souriant, Hémon répond que c’est déjà fait. Antigone se sent coupable d’avoir gâché l’une de leurs soirées, sachant qu’il ne leur en restera peut-être plus beaucoup. Elle supplie Hémon de la serrer dans ses bras de toutes ses forces.

Partie 3

Dans un souffle, Antigone confie à Hémon qu’elle aurait protégé leur fils contre tout au monde et qu’il n’aurait jamais rien craint. Elle lui demande s’il est certain de l’avoir aimée la nuit de sa demande en mariage, et s’il n’aurait pas préféré Ismène. Mais ses bras et ses mains ne mentent pas. Malgré tout, Antigone poursuit. Elle lui demande s’il ne sent pas un grand vide se creuser en lui lorsqu’il pense à elle, comme si quelque chose était en train de mourir à l’intérieur. Ici, Hémon acquiesce. Antigone ressent la même chose.

La jeune fille a encore quelque chose à dire. Elle explique à Hémon qu’il ne lui sera pas possible de l’épouser. Stupéfait, Hémon s’en va. Ismène entre à nouveau, terrifiée à l’idée qu’Antigone ne tente d’enterrer Polynice en plein jour. Antigone lui répond qu’il est trop tard : elle vient tout juste de l’enterrer.

Plus tard dans la journée, Créon se tient sur la première marche avec son page. Le premier garde, visiblement nerveux, entre, et Créon lui demande ce qu’il est advenu du corps. Le garde explique qu’à deux heures durant la nuit, pendant que les gardes avaient le dos tourné, quelqu’un a recouvert le corps d’un peu de terre. Les gardes n’ont rien entendu. Créon, incrédule, ordonne aux gardes de découvrir le corps et de garder le secret, sous peine de mort. Une fois le garde sorti, Créon se tourne vers le page et songe qu’il va devoir « nettoyer ce désordre ». Il lui demande s’il mourrait pour lui, et celui-ci acquiese. Tous deux sortent.

Le Chœur apparaît alors et annonce que la tragédie a commencé. Un rien suffira à la déclencher. La machine est huilée depuis la nuit des temps. La mort, la trahison et le chagrin sont « en marche », dans le sillage de la tempête, des larmes et du silence.

Partie 4

Le Chœur poursuit, évoquant le côté tragique du silence. La tragédie est pure, reposante et sans faille. Elle n’a rien à voir avec le mélodrame. Dans la tragédie, tout est inévitable, désespéré et connu, ce qui engendre la tranquillité et la solidarité entre les personnages. Tous sont innocents, simplement prisonniers de leur rôle.

On entend les gardes. Le Chœur annonce qu’Antigone a été capturée. Ils entrent avec la jeune fille qui se débat.

Le Premier Garde propose d’organiser une fête. Le trio discute des préparatifs, le Premier insistant pour qu’ils n’en parlent pas à leurs épouses. Créon et le Page entrent, et les gardes se mettent au garde-à-vous. Le Premier explique l’arrestation d’Antigone. Les gardes avaient déplacé le corps au vent pour atténuer l’odeur. Lorsqu’ils se sont accordé une pause pour fumer, ils l’ont trouvée se débattant frénétiquement en plein jour. Antigone confirme être venue la nuit précédente. La pelle trouvée sur les lieux avait appartenu à Polynice. Créon renvoie les gardes.

Une fois certain que personne n’a vu Antigone se faire arrêter, il lui ordonne d’aller se coucher. Elle doit dire qu’elle a été malade et qu’elle n’a pas quitté le palais. Il se débarrassera des gardes. Antigone réplique qu’elle fera exactement la même chose le soir-même, et que son oncle le sait. Elle considère qu’il est de son devoir d’ouvrir pour Polynice la porte du tombeau. Créon lui demande si elle pense que son statut de fille du fier Œdipe la place au-dessus des lois. Nul n’a d’obligation plus sacrée envers la loi que ceux qui l’ont édictée. Antigone rétorque que si elle avait été une servante, elle aurait agi de même. En outre, elle n’a jamais douté que Créon la condamnerait à mort.

Créon maudit l’orgueil typique d’Œdipe. Comme son père, Antigone voit sa mort comme l’aboutissement naturel de la vie. Pour eux, le bonheur humain est dénué de sens et la souffrance humaine incapable d’apaiser leur passion. Œdipe était le plus heureux lorsqu’il écoutait avec avidité la révélation de son destin tragique. Mais ces temps sont révolus pour Thèbes. Sous un nom plus modeste, Créon se consacre désormais uniquement à l’ordre du royaume.

Partie 5

Créon assure à Antigone qu’il ne romantise pas sa fonction. Gouverner est son métier, et un métier qu’il prend très au sérieux. Si un messager fantasque lui annonçait demain que sa femme était sa mère, il ne se laisserait guère emporter par ses sentiments. Malgré tout, il n’exécutera pas Antigone aujourd’hui, car elle est la mère de l’héritier à venir et que son mariage vaut plus pour Thèbes que sa mort. Et puis, même si elle le trouve prosaïque, il l’aime.

Créon l’avertit toutefois que si quelqu’un d’autre découvrait son crime, il serait contraint de l’exécuter. Son acte sera vain dans tous les cas. Antigone insiste : elle doit faire ce qu’elle peut. Créon lui demande alors pour qui elle agit. Antigone répond qu’elle n’agit que pour elle-même.

Créon déclare vouloir la sauver. Antigone rétorque que, malgré sa toute-puissance, il ne peut rien faire. Sachant qu’Antigone l’a dépeint comme le méchant, Créon la met en garde contre tout excès de zèle. Il s’est montré bien plus généreux que la plupart des tyrans, et elle le provoque en voyant son hésitation. Furieux, il lui saisit le bras.

Créon insiste : il ne laissera pas la politique causer sa mort. Toute l’histoire se résume à des raisons politiques. Les cadavres en décomposition lui sont aussi insupportables qu’à Antigone, et il aurait enterré Polynice par souci d’hygiène publique. Mais pour éduquer le peuple, sa puanteur doit empester la ville pendant un mois. Il reconnaît que son règne le rend odieux, mais qu’il n’a pas le choix.

Antigone sait qu’elle effraie son oncle et que son sort l’effraie. Créon acquiesce, et lui demande alors de le plaindre et de vivre. Il faut bien qu’il tienne la barre, car le navire de l’État est en train de sombrer. Antigone réplique qu’elle n’est pas venue pour comprendre, mais seulement pour mourir.

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Partie 6

Créon murmure qu’Antigone doit le haïr. Il a longtemps imaginé cette conversation, imaginant un garçon au visage blafard venu l’assassiner. Il ne peut croire que ce garçon soit Antigone, venant à lui pour une chose aussi insignifiante que l’enterrement de Polynice. « Insignifiant ! » répète Antigone avec dédain.

Créon tente une dernière fois de la convaincre. Antigone s’assoit. Il lui demande de se souvenir de son enfance : comment ses frères la tourmentaient, puis, devenus adultes, rentraient tard en tenue de soirée. Elle devait bien savoir qu’ils rendaient leurs parents malheureux. Le regard perdu dans le vide, Antigone se souvient comment le beau Polynice lui avait offert une fleur. Polynice, pourtant, n’était qu’un « petit voluptueux cruel et vicieux ». Créon raconte comment il l’a vu frapper son père lorsque celui-ci a refusé de régler ses dettes de jeu. Antigone n’en croit pas un mot.

Créon poursuit en disant qu’Œdipe était trop lâche pour l’emprisonner, et qu’il l’a alors laissé rejoindre l’armée argienne. Dès l’arrivée de Polynice à Argos, les tentatives d’assassinat contre Œdipe ont commencé. Créon a besoin qu’Antigone comprenne ce qui se trame dans les coulisses de la politique. La veille, il a offert à Étéocle des funérailles nationales, faisant de lui le martyr de Thèbes. Étéocle lui-même a comploté pour renverser son père. Lorsque Créon a fait venir le corps des deux frères, on les a trouvés broyés, réduits en une bouillie sanglante. Il a fait ramener le plus beau, mais il ignore même lequel a été enterré.

Créon ne peut laisser Antigone mourir en victime de cette histoire. Il l’exhorte à retrouver Hémon et à se marier au plus vite, car elle a toute la vie devant elle.

Antigone maudit son bonheur et refuse sa modération morne. Elle s’écrie appartenir à la tribu de ceux qui posent des questions, qui haïssent l’espoir impur, docile, et débauché de l’homme. Son père est devenu beau à la toute fin, lorsque ses questions ont trouvé réponse, et lorsque tout espoir s’est évanoui.

Partie 7

Créon peine à faire taire sa nièce. L’antichambre est pleine et tout le monde risque de l’entendre. Ismène, bouleversée, se précipite à l’intérieur, implorant le pardon d’Antigone et promettant de l’aider. Mais Antigone la repousse, en affirmant qu’elle ne mérite pas de mourir avec elle. Ismène jure alors qu’elle enterrera Polynice elle-même. Antigone supplie Créon de la faire arrêter. Créon cède.

Derrière Créon, le Chœur lui dit qu’il ne peut laisser Antigone mourir. La cicatrice de sa mort resterait ouverte durant des siècles. Créon rétorque que la mort est son unique but et que Polynice n’est qu’un prétexte. Hémon entre et supplie lui aussi son père d’arrêter les gardes. Il doit sauver sa femme, l’enfermer et la déclarer folle. Créon réplique que le peuple saura alors qu’il fait une exception pour son fils. Il exhorte Hémon à supporter son chagrin. Il doit assumer ses responsabilités d’homme.

Abasourdi, Hémon se demande si Créon est vraiment ce « dieu immense » qu’il aimait enfant. Créon n’a pas à accepter la mort d’Antigone. Il n’a pas le droit d’abandonner Hémon, et de se réduire à néant. Mais Créon réplique qu’Hémon est seul, et qu’il doit voir son père tel qu’il est. Hémon s’enfuit en criant qu’il ne vivra pas sans Antigone. Soudain, les gardes entrent, traînant Antigone. Ils avertissent Créon que la foule envahit le palais. Antigone supplie qu’on la laisse seule jusqu’à son exécution. Créon ordonne alors de vider le palais et les personnages sortent.

Antigone est assise devant le Premier Garde qui arpente sa cellule. Elle lui fait remarquer que son visage est le dernier qu’elle verra. Elle le réprimande pour la violence qu’il lui a infligée le matin lors de son arrestation. Le Garde se lance dans un monologue décousu sur sa solde, sur les rations supplémentaires pour sa famille, les promotions et les querelles entre sergents et gardes.

Antigone lui demande s’il pense que mourir fait mal. « Comment le saurais-je ? » raille le Garde, mais il sait qu’un coup de sabre dans le ventre est douloureux. Antigone lui demande comment elle va mourir. Le garde récite la proclamation d’une voix hésitante : pour protéger la ville de son sang impur, Antigone doit être emmurée vivante dans une grotte. Le garde remarque fièrement que c’est lui, et non l’armée, qui veillera sur elle.

Partie 8

Le garde demande s’il peut faire quelque chose pour Antigone. Elle lui demande s’il pourrait remettre une lettre à quelqu’un après sa mort. Le garde hésitant à risquer son poste, Antigone lui offre sa bague en or. Toujours réticent, il lui suggère de lui dicter sa lettre et de l’écrire dans son carnet au cas où on fouillerait ses poches. Antigone grimace, mais accepte. Elle récite sa lettre, et le garde la murmure en l’écrivant. Elle hésite à avouer qu’elle ne sait même pas pourquoi elle meurt, puis elle demande au garde de rayer ce passage. Personne ne doit connaître son doute, ce serait comme profaner sa dépouille. Elle recommence : « Pardonne-moi, mon chéri. Vous auriez tous été si heureux sans Antigone. »

Soudain, un roulement de tambour retentit. Les autres gardes apparaissent et emmènent Antigone. Le Messager apparaît alors, et raconte au Chœur ce qui s’est passé ensuite. Antigone venait d’être emmurée lorsque la foule a entendu les gémissements d’Hémon. Créon a hurlé aux esclaves d’enlever les pierres, les arrachant lui-même de ses mains ensanglantées. Ils trouvèrent Hémon tenant le corps d’Antigone : elle s’était pendue avec le cordon rouge et or de sa robe. Alors que Créon s’approchait de son fils, celui-ci s’est levé, a frappé son père et dégainé son épée. En le regardant avec mépris, Hémon s’est poignardé et s’est étendu près d’Antigone dans une mare de sang.

Créon et le Page entrent au son des dernières paroles du Messager. Créon annonce qu’il a disposé les amants côte à côte. Le Chœur avertit que Créon a encore une chose à apprendre concernant le sort de sa femme. Créon murmure qu’Eurydice est une bonne femme, qui tricote toujours des pulls pour les pauvres. Le Chœur déplore que les pauvres aient froid cet hiver. En apprenant la mort d’Hémon, elle a terminé sa rangée, est montée dans sa chambre embaumée de lavande et s’est tranché la gorge. Créon est désormais seul.

Créon dit au Page que malgré tout, ce qui compte, c’est que le travail soit fait. Il demande l’heure : il est cinq heures, et il a une réunion du Conseil des ministres. Ils sortent. Le Chœur s’avance sur le devant de la scène et constate qu’à présent, tous ceux qui devaient mourir sont morts. Ils seront oubliés. Nous ne connaîtrons jamais la fièvre qui a consumé Antigone. Les Gardes entrent alors et reprennent leur partie de cartes. Le Chœur remarque que la tragédie leur est indifférente.

Personnages du livre Antigone de Jean Anouilh

  • Antigone. Fille d’Œdipe. Antigone est déterminée à respecter les lois familiales et divines malgré les ordres du roi. Elle défie le décret de Créon en choisissant d’enterrer son frère Polynice. Cette décision témoigne de son sens de l’honneur et du devoir.
  • Créon. Roi de Thèbes et oncle d’Antigone. Créon incarne le conflit entre la loi et l’orgueil personnel. Son respect strict des lois et son refus de prendre en compte les considérations éthiques conduisent à des conséquences tragiques.
  • Ismène. Sœur d’Antigone. Ismène hésite d’abord à désobéir à Créon. Elle incarne la prudence et la soumission, mais sa volonté d’accepter le châtiment aux côtés d’Antigone révèle sa loyauté et son courage.
  • Hémon. Fils de Créon et fiancé d’Antigone. Hémon est tiraillé entre sa loyauté envers son père et son amour pour Antigone. Ses choix mettent en lumière le prix du conflit entre les désirs personnels et le pouvoir autoritaire.
  • Eurydice. Épouse de Créon. Eurydice symbolise les conséquences néfastes de la rigidité de Créon. Son désespoir et son suicide après la mort d’Hémon illustrent davantage le prix personnel que l’orgueil démesuré et les erreurs de jugement de Créon ont payé.

Analyse littéraire du livre Antigone de Jean Anouilh

L’Antigone de Sophocle

L’Antigone d’Anouilh est inspirée de la tragédie éponyme de Sophocle. Sophocle fut l’un des plus grands dramaturges du Siècle d’or athénien, au Ve siècle avant notre ère. Parmi ses œuvres les plus célèbres qui nous soient parvenues figure le Cycle d’Œdipe, qui relate le mythe d’Œdipe, roi de Thèbes. La première pièce, Œdipe roi, met en scène le destin tragique d’Œdipe qui se crève les yeux en apprenant qu’il a, sans le savoir, tué son père et épousé sa mère. Œdipe à Colone ensuite se déroule durant l’exil du roi, où, pris en charge par ses filles Ismène et Antigone, il refuse la requête de Créon de retourner dans une Thèbes ravagée par la guerre civile.

Œdipe à Colone s’achève par la mort du héros. Antigone, la troisième pièce du cycle, débute au lendemain de la guerre civile à Thèbes. Dans la pièce de Sophocle, Antigone décide d’enterrer son frère rebelle, Polynice, malgré l’interdiction solennelle de Créon. En refusant d’autoriser la sépulture de Polynice et d’épargner la vie d’Antigone, Créon croit accomplir son devoir civique. Ses actes, cependant, défient la volonté des dieux et la bienséance commune. Lorsque son fils et sa femme se suicident après la mort d’Antigone, Créon est anéanti. Il prend alors pleinement conscience que son entêtement a causé la tragédie.

Depuis la renaissance du théâtre classique après le Moyen Âge, de nombreux dramaturges européens ont revisité l’histoire d’Antigone. Les auteurs de la Renaissance voyaient en elle une figure de Jeanne d’Arc. Durant la Révolution française et à l’époque napoléonienne, le personnage d’Antigone est perçu comme symbole de martyre religieux ou politique.

Antigone a également été un sujet particulièrement populaire au théâtre au XXe siècle, lorsque les artistes ont utilisé la mythologie grecque en général pour dénoncer les effets déshumanisants de la guerre et de l’industrialisation. Comme l’observait le critique et poète T.S. Eliot, la mythologie grecque était « une manière de maîtriser, d’ordonner, de donner forme et sens à l’immense panorama de futilité et d’anarchie qu’est l’histoire contemporaine ». Les écrivains du XXe siècle ont utilisé les pièces d’Eschyle, d’Euripide et de Sophocle comme des miroirs de la société contemporaine. Alors que l’Antigone d’Anouilh était jouée depuis deux ans en 1945, deux autres adaptations du mythe ont été présentées à Paris.

Bien que la pièce d’Anouilh suive de près l’intrigue de l’Antigone de Sophocle, il y apporte plusieurs modifications importantes. Par exemple, il supprime le rôle du devin aveugle Tirésias (le plus virulent critique de Créon dans l’original de Sophocle) et introduit le personnage de la nourrice, soulignant ainsi la jeunesse d’Antigone (à qui les spécialistes des pièces grecque et française donnent environ 15 ans). Plus important encore, son attitude envers les personnages principaux de la pièce, Créon et Antigone, est bien plus ambivalente que celle de Sophocle. Dans la pièce classique, Sophocle affirme clairement que l’obstination de Créon est la cause de la mort d’Hémon et d’Eurydice. La pièce d’Anouilh ne propose pas une telle certitude. Le spectateur est ainsi libre de décider qui est le personnage le plus tragique.

Antigone pendant et après la Seconde Guerre mondiale

Dans le Paris occupé par les nazis, les adaptations de pièces de théâtre grecques classiques connaissent un essor considérable, notamment parce qu’elles offraient un réconfort familier dans un monde incertain. En 1940, lorsque le maréchal Philippe Pétain, chef des forces armées françaises, capitule face aux nazis, la France se retrouve divisée en deux zones d’occupation. Le Sud, la France de Vichy, était nominalement libre mais étroitement lié à l’Allemagne. Le Nord, dont Paris, était occupé par l’armée allemande. Depuis la relative sécurité de Londres, le général Charles de Gaulle s’efforçait de rassembler une armée de résistance contre l’occupant.

Pendant ce temps, les Parisiens vivaient dans la crainte de l’administration brutale de l’occupation allemande et de ses collaborateurs. Sous l’égide de cette administration, les censeurs vichystes surveillaient de près les textes de théâtre, jusqu’aux accessoires et aux costumes. Comment Antigone, avec son héroïne rebelle, a-t-elle pu échapper à la censure ? La réponse réside dans l’ambiguïté du texte d’Anouilh. Alors que les sympathisants de la Résistance voyaient en Antigone une héroïne, le régime nazi et ses collaborateurs voyaient en Créon un dirigeant autoritaire, certes ferme, mais juste.

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Pourtant, lors de sa première à Broadway en 1946, Antigone fut unanimement perçue comme une pièce pro-Résistance. Un critique américain déclara même : « On se demande bien pourquoi [les Allemands] l’ont autorisée.» La réponse se trouvait dans la pièce elle-même, le traducteur Lewis Galantière expliquant avoir modifié certains passages du texte d’Anouilh pour le rendre plus ouvertement pro-Résistance.

Anouilh protesta avec véhémence contre les changements de Galantière, mais le traducteur insista sur leur nécessité. « Je dois vous dire, écrivit-il à Anouilh, qu’il serait impossible de jouer votre texte aux États-Unis sans que la presse ne crie au fascisme. » Bien que ces modifications aient été corrigées dans les éditions ultérieures de la traduction de Galantière, certains critiques estiment que la première interprétation des critiques américains a contribué à ancrer la réputation d’Antigone comme un hommage à l’esprit de rébellion. Aujourd’hui encore, Antigone est perçue comme une pièce traitant de la résistance à la tyrannie.

Thèmes

  • La désobéissance civile. Antigone incarne la désobéissance civile en bravant le décret du roi Créon et en choisissant d’enterrer son frère Polynice. Cet acte met en lumière le conflit entre l’éthique personnelle et les impératifs institutionnels. Antigone s’articule en effet autour du conflit entre les préceptes divins et la législation humaine. Antigone croit que les dieux exigent des rites funéraires appropriés, et considère donc que la loi des mortels ne peut prévaloir sur ces traditions. Créon, quant à lui, privilégie le droit étatique, ce qui engendre un tragique affrontement de principes.
  • Dilemmes moraux et éthiques. Antigone et Créon sont tous deux confrontés à d’importants choix éthiques. Antigone place les devoirs familiaux et religieux au-dessus des attentes de la société. L’obsession de Créon pour l’ordre civil cause sa perte. Ceci illustre l’interaction complexe entre valeurs personnelles, respect de la loi et liens familiaux. Antigone agit par conviction personnelle, contestant l’autorité de l’État. Hémon, le fils de Créon, remet également en question cette position, prônant un gouvernement par la voix du peuple plutôt qu’une dictature. Cette situation souligne les dangers du pouvoir absolu et le rôle du discernement personnel en politique.
  • Intégrité. L’Antigone d’Anouilh est déterminée à rester fidèle à ses convictions coûte que coûte. Même la perspective d’être enfermée vivante dans une grotte ne la dissuade pas. Pourtant, les principes qui sous-tendent sa conviction paraissent fragiles et changeants. Au début, elle affirme qu’enterrer son frère est un devoir religieux puis elle reconnaît l’absurdité de sa position, mais elle demeure résolue à jouer le rôle qu’elle perçoit comme son destin. L’idée que la rébellion puisse mener à un sacrifice vain semble tout droit sortie d’Albert Camus, dont l’essai Le Mythe de Sisyphe utilise une autre figure classique pour exposer sa théorie de l’absurde. À l’instar de Sisyphe, Antigone rejette la vie pour mourir. Ainsi, Antigone semble davantage un symbole d’intégrité qu’une représentante d’un être humain en proie à la souffrance.
  • Opportunisme politique. La pièce d’Anouilh explore les causes et les conséquences de l’opportunisme politique à travers le personnage de Créon. Le roi de Thèbes affirme clairement qu’Étéocle n’a pas plus droit à des funérailles nationales que Polynice. Les deux frères, dit-il, étaient indignes de cet honneur. Pourtant, honorer l’un tout en profanant l’autre sert les intérêts politiques de Créon. Il est convaincu que c’est le seul moyen de préserver l’ordre dans un royaume ravagé par la guerre civile. Si sa stratégie semble efficace (la pièce s’achève sans nouvelle rébellion), les conséquences pour les proches de Créon sont dramatiques.

Antigone : adaptations

Antigone a inspiré plusieurs adaptations cinématographiques. Celle de George Tzavellas (1961), avec Irène Papas dans le rôle d’Antigone, est fidèle à la pièce originale et met l’accent sur le conflit entre convictions personnelles et lois de l’État. Le film canadien de Sophie Deraspe (2019) réinterprète Antigone dans un contexte moderne. Située à Montréal, cette adaptation aborde des enjeux sociopolitiques contemporains tels que la crise des réfugiés et les injustices systémiques, soulignant ainsi la pertinence de la pièce de Sophocle face aux dilemmes mondiaux actuels.

Questions et réponses sur le livre Antigone de Jean Anouilh

Compréhension de l’intrigue

Pourquoi Antigone veut-elle enterrer son frère Polynice malgré l’interdiction de Créon ?

Antigone considère qu’il est de son devoir moral et religieux d’offrir une sépulture à son frère. Pour elle, les lois divines sont plus importantes que les lois du roi. Elle préfère désobéir et risquer la mort plutôt que de trahir ses valeurs.

Pourquoi Créon refuse-t-il qu’on enterre Polynice ?

Créon veut punir Polynice, qu’il considère comme un traître à la cité. En interdisant son enterrement, il cherche aussi à montrer son autorité et à faire respecter les lois de l’État. Il pense qu’un roi doit être ferme pour maintenir l’ordre.

Comment se termine la pièce ?

La pièce se termine de façon tragique : Antigone est condamnée à mort et se suicide. Hémon, le fils de Créon et fiancé d’Antigone, se donne également la mort, suivi par sa mère Eurydice. Créon reste seul, accablé par les conséquences de ses décisions.

Analyse des personnages

Comment peut-on décrire le personnage d’Antigone ?

Antigone est une jeune fille courageuse, déterminée et révoltée. Elle refuse de renoncer à ses convictions, même si cela doit lui coûter la vie. Elle représente la résistance et la fidélité à ses valeurs.

Quel type de personnage est Créon dans la pièce ?

Créon est un roi autoritaire mais aussi réaliste. Il veut protéger l’ordre et le pouvoir de l’État, même si cela implique des décisions cruelles. Contrairement à Antigone, il privilégie la raison et le compromis.

Quel rôle joue Hémon dans l’histoire ?

Hémon est le fils de Créon et le fiancé d’Antigone. Il essaie de convaincre son père d’épargner Antigone, car il l’aime profondément. Son personnage montre le conflit entre l’amour, la famille et l’obéissance au pouvoir.

Thèmes et symboles

Pourquoi la mort est-elle un thème important dans Antigone ?

La mort est présente tout au long de la pièce et influence les choix des personnages. Antigone accepte la mort pour rester fidèle à ses principes, tandis que les autres personnages essaient plutôt d’éviter le malheur et de continuer à vivre.

Que symbolise la tombe de Polynice ?

La tombe symbolise le respect dû aux morts et l’importance des traditions sacrées. Pour Antigone, enterrer son frère est un acte d’amour et de dignité, alors que Créon y voit un danger pour son autorité.

Comment le thème du bonheur apparaît-il dans la pièce ?

Le bonheur est opposé aux idéaux d’Antigone. Créon pense qu’il faut accepter une vie simple et raisonnable pour être heureux. Antigone refuse les compromis et préfère mourir plutôt que vivre une vie qu’elle juge injuste.

Contexte historique et littéraire

Dans quel contexte historique Jean Anouilh a-t-il écrit Antigone ?

Jean Anouilh écrit Antigone en 1942, pendant l’Occupation allemande en France, et la pièce est jouée pour la première fois en 1944. Ce contexte de guerre influence fortement l’œuvre. Beaucoup de spectateurs ont vu dans Antigone une figure de la résistance face à l’autorité et à l’oppression. La pièce peut donc être interprétée comme une réflexion sur l’obéissance, la liberté et le courage dans une période difficile.

En quoi la pièce d’Anouilh est-elle différente de l’Antigone de Sophocle ?

Anouilh reprend l’histoire de la tragédie antique écrite par Sophocle, mais il modernise les personnages et le langage. Dans sa version, les dialogues sont plus simples et plus proches de la vie quotidienne. Les personnages semblent aussi plus humains et complexes. Créon n’est pas seulement un tyran, et Antigone apparaît comme une jeune fille fragile autant que révoltée. Cela rend la pièce plus accessible aux lecteurs modernes.

Pourquoi peut-on dire qu’Antigone est une tragédie moderne ?

Même si la pièce reprend les règles de la tragédie antique, elle aborde des questions modernes comme le sens de la vie, la liberté individuelle et le refus des compromis. Les personnages parlent de manière plus naturelle et expriment leurs doutes et leurs émotions de façon réaliste. Anouilh transforme ainsi un mythe antique en une œuvre qui fait réfléchir sur les problèmes de son époque et sur la condition humaine en général.

Style narratif et ressources

Quel type de langage Jean Anouilh utilise-t-il dans Antigone ?

Anouilh utilise un langage assez simple et moderne, loin du style très soutenu des tragédies classiques. Les dialogues sont directs, parfois familiers, ce qui rend les personnages plus proches du lecteur ou du spectateur. Cette simplicité du langage permet aussi de rendre les débats entre Antigone et Créon plus vivants et plus accessibles.

Quel rôle joue le chœur dans la pièce ?

Le chœur intervient régulièrement pour commenter l’action et donner un point de vue extérieur. Il ne fait pas avancer directement l’intrigue, mais il aide le spectateur à comprendre les enjeux et à prendre du recul. Parfois, il annonce aussi ce qui va se passer, ce qui renforce l’aspect tragique en montrant que le destin des personnages est déjà scellé.

Quelles ressources théâtrales sont utilisées pour créer la tension dramatique ?

Anouilh utilise plusieurs effets pour maintenir la tension : les dialogues rapides, les oppositions fortes entre les personnages (Antigone/Créon), et les scènes de confrontation. Il joue aussi sur l’ironie dramatique, car le spectateur comprend souvent plus vite que les personnages l’issue tragique de l’histoire. Enfin, la progression inévitable vers la mort d’Antigone renforce le sentiment de fatalité.

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A propos de l’auteur
Lauriane

En tant que spécialiste de la littérature Européenne, j'ai toujours été intéressée par les différentes façons dont les écrivains de différentes cultures abordent leur travail. Je suis née en France, et mes parents étaient tous deux enseignants. J'ai grandi dans un foyer rempli de livres, et mon amour pour la littérature s'est développé très tôt.

J'ai étudié l'anglais à l'université et, une fois diplômée, j'ai déménagé à Londres pour poursuivre ma passion pour l'écriture. Je vis maintenant Nice depuis plus de dix ans, et mon travail a été publié au sein de plusieurs sites Web, magazines et revues spécialisées.

J'ai bien évidemment étudié en profondeur tous les classiques de la littérature espagnole, française, anglaise. Mais ce que j'aime vraiment, c'est explorer le travail d'écrivains contemporains issus de cultures et de milieux différents. À mon avis, il n'y a pas une seule "bonne" façon d'écrire de la littérature. Chaque écrivain a sa propre voix unique, et c'est cette diversité qui rend la littérature si intéressante.

Je crois que chaque personne a une histoire à raconter, et c'est pourquoi je pense qu'il est important d'en parler. C'est ainsi que je m'intéresse particulièrement à la manière dont ils sont influencés par leur milieu culturel. Je crois que la littérature peut être un outil puissant pour comprendre le monde qui nous entoure, et je m'efforce d'apporter cette compréhension à mes lecteurs.

Je suis toujours à la recherche d'écrivains nouveaux et passionnants à lire, et j'espère que mes articles et résumés de livres vous feront découvrir quelques-uns des meilleurs ouvrages contemporains du monde entier. Merci de vous joindre à moi dans ce voyage littéraire !