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Les Saints Innocents de Miguel Delibes : Résumé

L’une des plus grandes œuvres de Miguel Delibes est incontestablement Les Saints Innocents, avec laquelle il dessine l’histoire de l’Espagne rurale sous Franco (période à laquelle se déroule l’action).

Avec ce résumé des Saints Innocents, nous espérons rendre justice à une œuvre complexe et profonde !

 

Résumé général des Saints Innocents

Les Saints Innocents nous raconte l’histoire de Paco, Régula et son frère Azarías. Avec leurs enfants, ils vivent dans une ferme près du manoir de maître Ivan, qu’ils servent.

Azarías est un homme d’un certain âge, porteur d’un handicap. Son comportement parfois étrange met son maître mal à l’aise et il finit par le mettre à la porte. Cependant, Azarías est une personne gentille qui dédie tout son amour aux animaux, en particulier à Milana, un oiseau que son neveu lui a offert et qu’il élève avec soin et affection.

Regula et Paco quant à eux cherchent à offrir à leurs enfants un avenir prometteur loin de la pauvreté qu’ils ont connue. Mais cela n’est pas possible car, d’une manière ou d’une autre, c’est un travail de domestique qui les attend. C’est ce qui arrive à Nieves, la plus jeune de ses filles. Elle entre au service de Don Pedro et Doña Purita, responsables de la ferme, mais aussi sous les ordres du señor Iván. C’est là qu’elle découvre que, derrière les portes closes, les relations entre oppresseurs et opprimés existent également.

L’événement clé survient un jour où Paco, qui a toujours accompagné Iván dans ses chasses en raison de son odorat et de son agilité, est victime d’un accident. Il se casse la jambe.

N’ayant pas d’autre solution, Maître Ivan décide de prendre Azarías comme remplaçant. Mais le résultat n’est pas le même, et le maître, qui ne chasse rien, est particulièrement frustré. Sa colère est telle qu’il ira jusqu’à tuer son poussin, malgré les supplications de son serviteur.

Azarías transforme sa tristesse, et ses années de soumission et d’humiliation, en colère. Cela mène à la pendaison du maître à un arbre, pour venger le meurtre de Milana.

 

Résumé chapitre par chapitre des Saints Innocents

Miguel Delibes divise le roman Les Saints Innocents en « livres ». Chacun de ces livres, qui font office de chapitres, porte le titre d’un personnage ou d’un événement. L’objectif de l’auteur est de créer la fausse illusion que chaque épisode peut être compris seul. Or, il est nécessaire de lire chacune des intrigues individuelles pour pouvoir comprendre pourquoi cela s’est produit.

Les quatre premiers livres portent le nom d’un personnage et sont plus descriptifs. Ils nous permettent de connaître en détail chacun des personnages principaux. Les deux autres livres racontent plutôt plusieurs événements qui finissent par déséquilibrer la réalité fictive présentée par Delibes.

Dans ce drame narratif, rien n’est en trop et rien ne manque. Tout prend un sens (tragique) à la fin.

Livre 1

Le premier personnage que Delibes nous présente est Azarías. Il s’agit d’un homme âgé, d’une soixantaine d’années, atteint d’un handicap qui détermine en grande partie son comportement et sa personnalité. Sa gentillesse est particulièrement évidente avec les animaux et les êtres les plus innocents, comme sa nièce Charito, également handicapée et incapable de parler, de se déplacer ou de se débrouiller seule.

Azarías vit dans une ferme où il est au service du señorito Iván. Il est notamment chargé de s’occuper des oiseaux que son maître chasse. Il est particulièrement attaché à l’un d’entre eux, qu’il soigne avec beaucoup de dévotion.

En raison de son handicap, Azarías a un comportement qui met parfois les autres mal à l’aise. Il lui arrive aussi de disparaître pendant de longues périodes. Après l’une de ces disparitions, lorsqu’il revient à la ferme, il trouve son oiseau préféré malade. Lorsqu’il va voir maître Ivan pour lui demander de faire quelque chose, celui-ci lui répond par l’indifférence.

Livre 2

Nous rencontrons ici Regula, la sœur d’Azarías, et sa famille, composée de son mari Paco El Bajo (également serviteur du señorito Iván), de ses deux fils Quirce et Rogelio et de ses deux filles, Nieves et Charito. Paco travaille également comme serviteur d’Iván.

Ce chapitre nous apprend que Régula et Paco sont déterminés à ce que leurs enfants reçoivent une meilleure éducation que celle qu’ils ont reçue, eux qui savent à peine lire et écrire. Cependant, leur objectif est réduit à néant lorsque Pedro demande au couple que leur fille Nieves commence à servir dans sa maison en tant que servante de sa femme.

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Don Pedro est en quelque sorte le gardien du domaine du señorito Iván. Il est donc supérieur en pouvoir à Paco et à sa famille (une sorte de patron direct), mais inférieur au señorito. Il est oppresseur et opprimé à la fois.

Régula et Paco n’ont d’autre choix que d’accepter. Ils disent ainsi adieu à la possibilité que leur fille ne subisse pas la même soumission forcée et la même pauvreté qu’eux.

Quirce, leur fils, a pu aller à l’école et cela lui a donné une certaine autonomie. Nous savons qu’il travaille aussi pour le maître, mais en tant qu’employé et non en tant que serviteur.

Livre 3

Le señorito Iván renvoie Azarías lorsqu’il le surprend en train d’uriner sur ses mains, ce qu’il avait l’habitude de faire parce qu’il pensait que cela les rendait plus douces et plus hydratées. Malgré l’insistance de Régula et de Paco, le maître ne se laisse pas convaincre et refuse de le réembaucher.

N’ayant pas d’autre choix, Azarías reste chez sa sœur Régula et sa famille, qui l’accueillent dans leur maison. Il participe à quelques tâches, comme fertiliser les champs ou s’occuper de Charito. Un beau jour, son neveu Rogelio apporte un poussin et le donne à son oncle. Il le nomme Milana.

Livre 4

Paco est un serviteur de grande valeur pour son maître Ivan. En effet, l’homme a un grand sens de l’odorat et est indispensable aux parties de chasse organisées par son maître. Il est également très agile et rapide, ce qui lui permet de retrouver rapidement les oiseaux après que le maître les a abattus.

Dans ce chapitre, deux épisodes s’entrecroisent, à travers lesquels Delibes maintient la critique sociale, qui est la protagoniste du roman. D’une part, le jeune seigneur Ivan reçoit la visite d’un Français, René, avec lequel il va chasser. Ce dernier soulève les différences entre son pays, apparemment plus avancé, et l’Espagne.

D’autre part, Régula rencontre dans la rue la marquise et sa fille, Mlle Miriam (la mère et la sœur d’Iván). Miriam est le seul personnage du roman qui, bien qu’appartenant à la classe supérieure, fait preuve d’une grande conscience sociale et est horrifié de voir les conditions dans lesquelles vivent Régula, Azarías, Charo et les autres.

Livre 5

Lors d’une partie de chasse, Paco grimpe à un arbre sur ordre du maître. Mais cette action a des conséquences terribles. Paco tombe et se casse la jambe. Lorsque le médecin le voit, il lui prescrit du repos et lui annonce que, malgré la volonté et l’insistance de son maître, il ne pourra en aucun cas participer à la prochaine partie de chasse.

De retour à la maison, le maître est surpris de voir comment Azarías soigne Milana (qu’il appelle affectueusement « Milana bonita »). Il évoque la possibilité qu’il l’accompagne à la chasse, mais opte finalement pour Quirce, le fils de Paco, dans l’espoir qu’il ait hérité du sens de l’odorat de son père. Mais le résultat n’est pas celui escompté par le maître, qui oblige Paco à repartir à la chasse. Comme prévu, Paco tombe à nouveau, et sa blessure s’aggrave.

Pendant ce temps, Nieves continue de servir Doña Purita. Elle découvre au cours d’une de ses journées de travail que la femme trompe son mari (Pedro) avec son patron (Iván). Un jour, Doña Purita disparaît et Pedro la soupçonne d’être partie avec Iván. Il se rend même chez Régula et Paco pour s’enquérir de la situation, mais ces derniers lui répondent qu’ils ne savent rien. Nieves leur dit alors ce qu’elle sait, mais ses parents lui expliquent qu’il vaut mieux ne pas se mêler des affaires des maîtres. Pedro finit par demander à Maître Ivan s’il sait où se trouve sa femme, ce à quoi ce dernier répond qu’elle n’est pas avec lui. Pedro finit par le croire, parce qu’il n’a pas le choix.

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Livre 6

Paco ne pouvant toujours pas aller à la chasse, le maître finit par faire appel à Azarías, car Quirce refuse d’y aller, considérant que cela ne fait pas partie de son travail. Avant de partir, Azarías nourrit Milana avec amour sous les yeux d’Iván.

La journée n’est pas fructueuse pour le maître, qui ne chasse rien. Alors que la chasse est terminée et qu’il est de retour dans la voiture, Azarías appelle Milana pour qu’elle vienne avec lui. Alors Ivan vise et, malgré les supplications d’Azarías, tire et tue l’oiseau sans remords. Azarías pleure, inconsolable, en berçant le corps de son animal. Le maître regarde la scène en riant.

Le lendemain, au cours d’une autre journée de chasse, Azarías se venge de maître Ivan et le pend avec une corde.

 

Pourquoi lire Les Saints Innocents de Miguel Delibes ?

Miguel Delibes était un auteur avec conscience sociale. C’est une chose qui est évidente dans toutes ses œuvres, mais peut-être Les Saints Innocents en est-elle la grande représentante. Les différences de classes, la soumission des pauvres aux riches, les mauvais traitements des maîtres envers les serviteurs… Tous ces sujets étaient (et sont toujours) d’actualité dans la société que Delibes a dénoncée dans ce roman.

Les personnages comme symboles

A une époque où il était acquis que le serviteur devait être toujours disponible, avec une attitude serviable constante pour son maître, Delibes soulève une critique et une nouvelle façon de voir les choses. D’une part, il est clair qu’il utilise la situation de Paco, Régula et de leur famille pour mettre en évidence les injustices, les humiliations et les mauvais traitements subis de la part du señorito. Le contraste entre ces personnages symbolise les deux Espagne de l’après-guerre. Celle des pauvres et celle des riches, celle des opprimés et celle des oppresseurs.

Cependant, à travers le personnage de Quirce, l’écrivain ouvre la porte au changement. Le fils de Paco et Régula se sent travailleur et non serviteur. La distinction qu’il fait entre être son patron et être son maître lui permet de refuser de recevoir l’aumône ou d’aller chasser à la place de son père. Quirce est ainsi le symbole d’une nouvelle génération de jeunes gens qui représentent la lutte ouvrière et qui, comme l’espère l’auteur, laissera derrière elle l’époque de l’esclavage où les paysans étaient la propriété du seigneur.

Enfin, Milana peut être comprise comme un symbole en soi. Son assassinat par le seigneur Ivan est la dernière preuve qu’il nous faut pour nous convaincre que le système que cet homme représente doit prendre fin. C’est Azarías qui met fin à la vie d’Ivan et, d’une certaine manière, à ce qu’il incarne. Le fait que Delibes choisisse de terminer son roman par là est également hautement symbolique. En tant que lecteurs, nous sommes conscients que rien ne changera et que les conséquences ne seront peut-être pas positives pour Azarías ou sa famille. Mais cette fin agit comme un nouvel hymne à l’espoir.

Dénonciation sociale dans Les Saints Innocents

Maître Ivan est un homme méprisable, dépourvu d’empathie et de respect pour ceux qui lui sont inférieurs. Il dirige sa maison avec des idées féodales et n’hésite pas à ridiculiser ceux qui le servent. Le grand problème que montre Delibes n’est pas seulement son attitude, mais aussi la permissivité du système. Personne ne doute que Maître Ivan peut faire ce qu’il veut parce que toute une structure de pouvoir lui permet de le faire.

On le voit clairement à deux occasions. D’une part, lorsque Paco, malgré l’avis médical et bien qu’il sache que sa jambe est brisée, tente une fois de plus d’accompagner le maître à la chasse. Iván considère que la seule valeur de son serviteur est de le servir, que sa santé n’est pas importante et que personne ne peut lui dire le contraire. Le pire, c’est que Paco le pense aussi.

D’autre part, à un moment donné, Pedro décide de demander à Iván s’il sait où se trouve sa femme, soupçonnant qu’il existe une relation entre eux. Lorsque le jeune homme répond qu’il ne le sait pas, Pedro se laisse convaincre. La réalité est peut-être qu’il reconnaît le mensonge, mais qu’il ne peut que se taire.

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Ce silence face à l’injustice et à l’humiliation que chacun vit, c’est ce que Delibes révèle dans Les Saints Innocents. Il ne le fait pas en blâmant les classes défavorisées ou en les rendant responsables de leur situation. Certes, il dénonce ce conformisme, mais en sachant que Paco ou Régula ne peuvent rien faire de plus.

Miguel Delibes était un homme aux fortes convictions chrétiennes, sa critique s’adresse donc plutôt à l’éthique et à la morale individuelles.

 

Que nous apporte la lecture Des Saints Innocents?

Depuis sa publication en 1981, Les Saints Innocents est devenu un livre à grand succès. Il connaît toujours un grand succès aujourd’hui parce qu’il soulève des réalités qui, malheureusement, existent toujours.

Pourquoi l’argent corrompt-il ? C’est la question qui plane tout au long de la lecture. On le voit chez Iván, qui se sent meilleur que les autres et qui a droit à tout parce qu’il est riche. Mais nous le voyons aussi chez Pedro, qui, bien qu’il soit aussi parfois l’opprimé, n’hésite pas à être un oppresseur quand il le peut. Le manque d’empathie et d’éthique (individuel et collectif) est la grande réflexion que nous laisse ce roman.

Les Saints Innocents brille par la critique sociale que Delibes raconte, mais surtout la dignité avec laquelle il le fait. C’est la description vivante et réelle que fait l’auteur de la situation de la famille du personnage principal qui nous fait réagir en tant que lecteurs. Miguel Delibes réussit à nous susciter l’indignation et la solidarité chez ses lecteurs. C’est la grande contribution de ce roman à la littérature, ainsi que l’une des raisons de sa grande popularité.

Si vous n’avez pas encore lu Les Saints Innocents mais que ce résumé vous a encouragé à le faire, procurez-vous un exemplaire et plongez-vous dans son histoire !

A propos de l’auteur
Lauriane

En tant que spécialiste de la littérature Européenne, j'ai toujours été intéressée par les différentes façons dont les écrivains de différentes cultures abordent leur travail. Je suis née en France, et mes parents étaient tous deux enseignants. J'ai grandi dans un foyer rempli de livres, et mon amour pour la littérature s'est développé très tôt.

J'ai étudié l'anglais à l'université et, une fois diplômée, j'ai déménagé à Londres pour poursuivre ma passion pour l'écriture. Je vis maintenant Nice depuis plus de dix ans, et mon travail a été publié au sein de plusieurs sites Web, magazines et revues spécialisées.

J'ai bien évidemment étudié en profondeur tous les classiques de la littérature espagnole, française, anglaise. Mais ce que j'aime vraiment, c'est explorer le travail d'écrivains contemporains issus de cultures et de milieux différents. À mon avis, il n'y a pas une seule "bonne" façon d'écrire de la littérature. Chaque écrivain a sa propre voix unique, et c'est cette diversité qui rend la littérature si intéressante.

Je crois que chaque personne a une histoire à raconter, et c'est pourquoi je pense qu'il est important d'en parler. C'est ainsi que je m'intéresse particulièrement à la manière dont ils sont influencés par leur milieu culturel. Je crois que la littérature peut être un outil puissant pour comprendre le monde qui nous entoure, et je m'efforce d'apporter cette compréhension à mes lecteurs.

Je suis toujours à la recherche d'écrivains nouveaux et passionnants à lire, et j'espère que mes articles et résumés de livres vous feront découvrir quelques-uns des meilleurs ouvrages contemporains du monde entier. Merci de vous joindre à moi dans ce voyage littéraire !